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Une ambition logistique bas-normande

30 06 2010

Doss_Ouverture.jpgUn peu à l’écart des grands corridors d’échanges européens, la Basse-Normandie n’est pas, a priori, une terre favorable au développement d’une filière logistique(1). Pourtant, avec près de 27 000 emplois cumulés, l’activité pèse de tout son poids dans l’économie régionale, au même titre que l’agroalimentaire et l’automobile. Présentation.


Une fédération régionale depuis 2007|Décathlon s’ancre en Basse-Normandie|La logistique innove|La filière bas-normande en chiffres|Un diplôme pour la logistique|Petit-dejeuner

Doss_Enc_FCL_BN_JY_Geffroy.jpgDoss_Enc_FCL_C_Launay.jpgUne fédération régionale depuis 2007
La Fédération des Clubs Logistique de Basse-Normandie (FCL-BN) est l’association régionale de représentation et d’animation de la filière logistique. Elle est l’interlocuteur privilégié des instances régionales. Elle regroupe, via 5 clubs logistiques (Caen, Argentan, Pays d’Auge, Alençon et Manche), les acteurs bas-normands intéressés par le développement de la logistique : prestataires de transport et de logistique, entreprises industrielles et de négoce, sociétés de services… Soit plus de 120 entreprises, auxquels sont également associées les structures de développement économique et d’aménagement de zones d’activités, les infrastructures portuaires et organismes de formation. La DIRECCTE, la Région ainsi que les six Chambres de Commerce et d’Industrie, la CRCI de Basse-Normandie sont partenaires de la FCL-BN. Elles accompagnement et soutiennent son action au bénéfice de la Filière et des entreprises qui la composent.

Doss_Encadre_Decathlon.jpgDécathlon s’ancre en Basse-Normandie
Les équipes sont au complet. Depuis mars, la nouvelle plate-forme logistique de Décathlon (groupe Oxylane), construite à côté de Mondeville 2, sur la commune de Cagny, est opérationnelle. L’enseigne a investi 25 millions d’euros dans des locaux de 32 800 m2. « D’ici, nous desservons 22 magasins implantés dans un rayon de 200 km. Ils sont tous à moins de deux heures de l’entrepôt, précise Jérôme Rémy, 30 ans, directeur de ce centre d’approvisionnement régional (CAR). Notre stratégie est de réapprovisionner un magasin en moins de 24 heures. 75 % de notre stock permet de tenir ces délais. » Le CAR desservira aussi les 8 magasins implantés en Grande-Bretagne (Londres, Manchester, Sheffield, Glasgow…). Tous les jours, six camions traverseront la Manche au départ de Caen-Ouistreham.
Ce transfert d’activité (l’entrepôt de Décathlon était installé à Mondeville) va générer « 40 recrutements en CDI », annonce Jérôme Remy. « Actuellement, il emploie 105 salariés. En pic de saison (l’été et décembre), 200 personnes travailleront ici ». Le site abrite aussi l’atelier régional, qui effectue les réparations sur les cycles, skis, matériel fitness, etc. Le bâtiment est par ailleurs prévu pour, à terme, servir de lieu de retrait,
à toute heure, de produits commandés en ligne.

La logistique innove
Le projet OSCIA (Optimisation de la Supply Chain Intelligente Articulée), porté par Robert Bosch France (établissement de Mondeville), s’inscrit dans une logique d’innovation et contribue fortement à la mise en place d’un nouveau concept logistique. « Nous développons des tableaux de bord d’optimisation du pilotage de la Supply Chain industrielle pour améliorer la performance de l’entreprise, souligne Alain Bigot, chef du département logistique chez Robert Bosch. Ils seront mis en application, en 2011. » OSCIA intègre les dimensions opérationnelles (productivité, flexibilité, qualité), environnementales, sociales et économiques et répond aux exigences du développement durable. » Ce projet est le premier labellisé par le pôle de compétitivité Nov@log en Basse-Normandie. Il est placé sous la responsabilité de Jack Chen, professeur des Universités à l’Université de Caen Basse-Normandie rattaché au Nimec (Normandie Innovation Management Entreprises Consommation), un laboratoire de l’Institut d’Administration des Entreprises (IAE). Ce projet représente un budget de 290 000 € pour le laboratoire, financé à la hauteur maximale de 80% par la Région (224 000 €).

La filière bas-normande en chiffres
La filière logistique bas-normande regroupe 1 600 établissements et plus de 17 000 salariés dans les activités de transports, de logistique et dans les services associés. De plus, près de 10 000 salariés exercent une fonction logistique interne dans les secteurs de l’industrie, de la distribution et du négoce. Environ 27 000 salariés ont donc une activité au sein de cette filière, soit 8,35 % de l’emploi en région (hors services publics). Elle propose également 600 000 m² de stockage, soit 5% du stockage national. Une offre complète répondant aux plus exigeants des grands donneurs d’ordres internationaux. Les marchandises transportées, au départ ou à l’arrivée de la région, représentent près de 74 millions de tonnes. La filière peut aussi compter pour se développer sur près de 200 km d’autoroutes (A13, A84, A28, A88) et sur ses ports de Cherbourg, 1er port en eau profonde situé à l’entrée du couloir maritime le plus fréquenté d’Europe, et de Caen-Ouistreham, par lesquels transitent 7 millions de marchandises.
(Sources : INSEE-DRE BN 2008)

Un diplôme pour la logistique
L’IUT d’Alençon propose aux jeunes intéressés par les métiers de la logistique de préparer le DUT Gestion Logistique et Transport (GLT) sur deux ans (ouvert à l’apprentissage à la rentrée 2010). L’objectif de l’enseignement est de former des cadres capables de répondre aux exigences de ces activités. Il est nécessaire d’avoir un esprit de synthèse pour comprendre rapidement le problème posé et le résoudre, avoir le goût des relations humaines (écouter, convaincre) et la notion de service pour une meilleure satisfaction du client.

Petit-dejeuner
Le 4 juin dernier, Synergia a consacré un petit-déjeuner intitulé « La logistique : des technologies clés pour optimiser la traçabilité, diminuer les consommations énergétiques ou fiabiliser les processus industriels ».

« La filière logistique est devenue une activité majeure pour l’économie de notre région, assure Jean-Yves Geffroy, président de la Fédération des Clubs Logistique de Basse-Normandie (FCL-BN). En termes d’emploi, elle est même comparable aux secteurs de l’industrie comme l’agro-alimentaire ou encore l’automobile. »
La logistique est désormais indissociable des systèmes de production et de distribution, et très imbriquée avec toutes les activités de l’entreprise (commerciales, achats, R&D, marketing…). « En Basse-Normandie, la reconnaissance de son importance doit être renforcée, nous nous y employons », ajoute-t-il.
Alors c’est vrai, en matière de logistique, la Basse-Normandie fait encore figure de Petit Poucet, en comparaison de la Haute-Normandie, du Nord-Pas-de-Calais ou encore de l’Île-de-France. Pourtant, dans le contexte économique mondialisé, la logistique est devenue un secteur essentiel de l’activité économique et constitue même une nouvelle forme de l’activité industrielle et des services. C’est tellement vrai, que le secteur génère des emplois. Entre 2000 et 2007, l’emploi y a progressé de 7,3 %, selon une étude récente de l’INSEE, contre 6,3 % en France.

Un enjeu de compétitivité

Au-delà de son poids économique et social, la filière bas-normande a aussi évolué. « L’image classique de l’entrepôt de stockage sans activité à valeur ajoutée et associée à des flux de camions est erronée. Cela ne correspond pas à la logistique actuelle, qui s’est professionnalisée. L’excellence logistique est aujourd’hui un facteur de compétitivité pour l’entreprise », explique Catherine Launay, la déléguée régionale de la FCL-BN. Elle a développé un concept global. La Supply Chain gère désormais toutes les opérations liées aux flux de produits et d’informations telles que l’approvisionnement, la gestion physique des en-cours de fabrication, l’emballage, le stockage, la gestion des stocks, la manutention et la préparation des commandes, le transport et les tournées de livraison.Doss_Enc_logistique.jpg
Souples et réactives, les PME régionales se sont adaptées à ces évolutions. Elles répondent rapidement aux besoins de leurs clients, souvent implantés eux aussi en région (agroalimentaire et automobile, pharmacie, grande distribution…). « Les savoir-faire et le dynamisme de nos prestataires trouvent écho au-delà de nos frontières, aime à rappeler le président de la FCL-BN. A tel point qu’ils travaillent aussi avec des donneurs d’ordre extérieurs à notre région. ». Les grands prestataires nationaux s’intéressent moins au marché diffus (mais riche) des PME bas-normandes. Une aubaine pour ceux qui choisissent de travailler localement. Les compétences développées dans ces PME et au sein des centres de formation régionaux ne sont pas le seul atout de la filière bas-normande.

Le désenclavement routier est achevé

Contre toute attente, la situation géographique de la Basse-Normandie est un autre point fort. Grâce à l’ouverture de l’A88, programmée pour cet été, à la modernisation de la RN12 et l’achèvement de la RN174, la région n’est plus enclavée. Elle compte même un réseau de voies de communication très intéressant avec plus de 200 km d’autoroutes (A13, A84, A28). « L’A88 va nous connecter à l’axe Calais-Bayonne, une voie qui relie le Nord et le Sud de l’Europe, estime Richard Rayon, chargé du développement économique de la Communauté de Communes du Pays d’Argentan. Nous avons l’opportunité de devenir une zone de désengorgement pour les ports du Havre et de Rouen, par exemple. »
Déjà, plusieurs projets profitent de cette nouvelle donne et émergent dans l’Orne. « L’un d’eux concerne l’aménagement d’une zone le long de l’A88 (Argentan-Sées-Alençon) », présente-t-il. La Région et le département de l’Orne se mobilisent pour que ce vaste espace accueille un grand projet de zone logistique multi-sites de niveau régional. « C’est un élément déclencheur pour d’autres opportunités », annonce Richard Rayon. A Argentan, le néerlandais Partner Logistic construit un entrepôt logistique à température dirigée négative (-24°) d’environ 10 000 m2 couverts. Ce projet de 33 millions d’euros d’investissements doit générer 50 emplois environ. « Favoriser les flux en améliorant les infrastructures routières, c’est un point de départ, estime-t-il. C’est le rôle joué en amont par les collectivités qui ont investi pour créer des conditions d’accueil d’entreprises de logistique ».
Dans le Calvados, le Parc d’Activités Calvados Honfleur (PACH), situé juste au pied du Pont de Normandie, à deux pas de l’A29, accueillera des activités mixtes (12 ha), tertiaires (9 ha), logistiques (41 ha). Ce parc sera connecté au fer à proximité du quai du port, ainsi qu’un pôle commercial (Village de Marques de 13 ha). La création de 3 000 emplois est attendue. Dernièrement, Décathlon a ouvert un nouveau centre d’approvisionnement régional à Cagny (lire encadré page 12), destiné à l’approvisionnement des magasins situés dans un rayon de 200 km et à ceux qui sont implantés au Royaume-Uni. La proximité des axes de communication est recherchée (2).
Dans les cartons depuis plusieurs années, la future plate-forme de Mézidon-Canon, située sur un nœud ferroviaire bien placé, dotée d’infrastructures adéquates et disposant de possibilités foncières, a des atouts non négligeables. « Sa concrétisation est suspendue à la création d’un Syndicat mixte réunissant la Région, la Communauté de communes de la Vallée d’Auge, le Département du Calvados, les CCI du Pays d’Auge et de Caen et la Communauté d’agglomération Caen la mer », explique Jacques Le Vagueresse, le directeur du service de l’innovation de la recherche, de l’économie et du tourisme à la Région Basse-Normandie.

Les ports : un formidable atout

Doss_enc_CHIFFRES__c__Fotolia.jpgPour le développement du fret maritime, le littoral bas-normand est un formidable atout. Fortement marquée par le trafic transmanche (conteneurs) et le fret conventionnel (matériaux de construction, céréales, engrais, produits de recyclage…), l’activité maritime est encore modeste (moins de 2% des trafics). « Pourtant, Caen-Ouistreham et Cherbourg, ainsi que Granville et Honfleur, sont une chance pour le développement de la logistique, lance Tristan Larsen, directeur du développement des Ports Normands Associés (PNA) (3). Porte d’entrée du territoire, l’hinterland (zone d’influence économique) de Cherbourg se situe au-delà de la Manche, en Angleterre et en Irlande. Celui de Caen, avec un trafic plus important que Cherbourg, est malgré tout plus régional, tourné vers le territoire bas-normand ». Le développement de l’activité de Décathlon avec l’Angleterre devrait accroître encore le transport du fret sur Caen-Ouistreham.
D’ici 2013, près de 130 millions d’euros seront investis essentiellement par la Région Basse-Normandie pour soutenir des projets et moderniser les infrastructures des deux principaux ports bas-normands. « Il est important de développer le ferroviaire afin d’améliorer leur attractivité, souligne Pierre Mouraret, vice-président de la Région Basse-Normandie, en charge des transports. L’idée est de faciliter la connexion des ports aux grands espaces de consommations continentaux via le fret ferroviaire ». Les ports devenant des plate-formes multimodales avec des dessertes terrestres performantes.
Déjà, des projets émergent à Cherbourg comme à Caen-Ouistreham. A Cherbourg, l’armateur jersiais Huelin-Renouf exploite, depuis mars dernier, une ligne de transport de conteneurs entre les îles anglo-normandes, Cherbourg et Southampton. « Ce premier projet doit permettre d’amorcer la pompe sur d’autres perspectives », annonce Tristan Larsen.
De même, la société Port de Cherbourg SAS (partenariat Louis Dreyfus Armateurs et CCI Cherbourg-Cotentin) a permis l’implantation d’un terminal charbonnier destiné aux centrales thermiques de l’Angleterre. Un trafic de 1,2 million de tonnes de charbon, soit seize escales, est prévu d’ici à la fin de l’année. L’activité va générer une trentaine d’emplois.
A Caen-Ouistreham, PNA souhaite développer un service régulier de conteneurs entre le port du Havre et celui de Caen-Ouistreham. Plusieurs opérateurs ont d’ores et déjà manifesté leur vif intérêt pour ce service. « Il ne faut pas oublier le port d’Honfleur qui a des coopérations possibles avec le Havre », assure Tristan Larsen.

Le fret ferroviaire : la Région y croit

Après le Plan Régional des Déplacements de Voyageurs et le plan « Rail 2020 », déjà présentés par la Région Basse-Normandie, celui concernant le fret et la logistique devrait être présenté avant l’automne. « Nous y sommes très attachés, car la logistique est indispensable pour le développement économique de la région, lance Pierre Mouraret. Nous souhaitons peser sur les choix à venir, notamment en favorisant les modes alternatifs de transports, comme le fret maritime et le ferroviaire ».
Une ambition que des réflexions plus globales pourraient faciliter. En effet, l’idée d’un nouvel axe qui contournerait l’Île-de-France facilitant les flux de marchandises sur le territoire ouest-européen émerge au sein de la Conférence des présidents des 8 Régions du Bassin parisien (la C8). L’option d’un contournement par l’Ouest de ces grands flux d’échange est évoquée. « La région serait alors connectée au Réseau transeuropéen de transport (RTE-T) en cours de développement, anticipe le Vice-Président de la Région Basse-Normandie. Cette démarche a abouti à la définition du concept de Maillon Ouest qui repose sur une approche multimodale et intègre la réalisation de plate-formes logistiques d’envergure européenne. » Les perspectives offertes par ce choix engageraient la logistique bas-normande sur la voie de la maturité.

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(1) La logistique peut se définir comme l’art de gérer les flux au meilleur coût. Non seulement les flux de produits, mais aussi les flux d’information associés aux flux physiques, depuis le fournisseur initial jusqu’au client final. Elle permet l’adéquation entre une demande et une offre, ainsi qu’une meilleure rentabilité des investissements. Source : www.transport-logistique.org
(2) Le centre d’approvisionnement régional de System U d’Ifs (environ 30 000m² et 250 emplois) et celui de Legallais Bouchard (16 000m² et 130 emplois) ont saisi cette opportunité géographique.
(3) Véritable bras armé du Conseil Régional et des autres collectivités qui le compose, le syndicat mixte PNA traduit en termes opérationnels la volonté d’ouverture maritime de la Basse-Normandie. Il lui revient d’organiser harmonieusement les activités portuaires sur la base d’un schéma directeur d’aménagement : un document de planification à court, moyen et long terme qui fixe le contenu des grandes zones portuaires.

Catherine LaunayDéléguée régionale
Fédération des Clubs Logistique de Basse-Normandie
Tél : 02 50 01 15 15

Jean-Yves Geffroy - Président
Fédération des Clubs Logistique de Basse-Normandie

Tristan Larsen - Directeur du développement
Site : Ports Normands Associés

Jacques Le Vagueresse - Directeur du Service de l’innovation de la recherche, de l’économie et du Tourisme Région Basse-Normandie
Tél. : 02 31 06 98 98

Jérôme Rémy - Directeur du site logistique Décathlon

Jack ChenProfesseur des Universités
Site : Institut d’Administration des Entreprises

Alain Bigot - Responsable du Département logistique et achat
Robert Bosch France SA Mondeville

Richard Rayon
Chargé du développement économique de la Communauté de communes du Pays d’Argentan

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