Mov’eo : l’automobile à vocation mondiale
4 07 2006
Le pôle de compétitivité Mov’eo est officiellement né le 19 juin 2006. Unique en son genre, le nouveau venu associe les forces de la Basse-Normandie, de la Haute-Normandie et de l’Ile-de-France dans le domaine de l’automobile et des transports. Une dimension multirégionale à la hauteur de ses ambitions : rejoindre le cercle des 6 pôles mondiaux en 2008. Explications.
Le bureau | 3 questions à Yves Triboulet | Filtrauto prêt à démarrer | Axe Caen – Le Havre : une synergie de compétences sur les matériaux composites
Le bureau
Le 19 juin, le bureau de l’association Mov’eo a été élu.
• Président /
>Jacques Lacambre, Directeur Délégué Stratégie
Prospective Technologique de Renault
• Vice-président du 1er collège chargé de l’animation du comité opérationnel /
>Guillaume Devauchelle, Valéo
• Vice-président chargé de l’animation du territoire /
>Guy Bourgeois, INRETS
• Vice-président délégué /
>Jean-Dominique Wagret, Renault
• Trésorier /
>Daniel Guerreau, ENSICAEN
• Trésorier adjoint /
>Frédéric Dionnet , Certam
• Secrétaire /
>Serge Grégory, PSA Peugeot Citroën
• Secrétaire adjoint /
>Gérard Yahiaoui, Nexyad
3 questions à Yves Triboulet
Chargé de missions filières au sein de la “Mission régionale pour l’innovation et l’action de développement économique” (MIRIADE) du Conseil régional de Basse-Normandie.
Vous êtes chargé de coordonner la mise en place de l’ARIA, l’Association Régionale de l’Industrie Automobile de Basse-Normandie. De quoi s’agit-il exactement ?
L’ARIA a été créée en février dernier. L’association est issue de la réflexion sur la filière auto bas-normande menée depuis 4 ans avec les CCI, la CRCI, le Cebanor, le Conseil régional, la DRIRE… Dans le cadre de sa politique de développement économique axée notamment sur le soutien aux filières, le Conseil régional souhaitait pouvoir échanger avec un interlocuteur le plus représentatif possible des quelque 300 entreprises (pesant 25000 emplois) de l’automobile bas-normande. Le Conseil d’administration de l’ARIA, présidé par Philippe Janet, assure cette représentativité. L’association a pour vocation d’être force de propositions et de pouvoir faire remonter les besoins des entreprises, en particulier des PME.
Comment cette vocation s’articulera-t-elle avec Mov’eo ?
En tant qu’association fédératrice de l’industrie automobile en Basse-Normandie, l’ARIA représentera les PME au sein du collège entreprises de Mov’eo. Elle pourra faire entendre les besoins et les problématiques des PME régionales. L’association contribuera également à faire passer l’information sur les appels à projets émanant de Mov’eo auprès des PME. Les deux structures sont tout à fait complémentaires.
En tant que membre de l’ARIA, les entreprises seront donc “automatiquement” membres de Mov’eo ?
Non ! Le président de l’ARIA représentera les entreprises au titre de la filière régionale. Mais les entreprises qui souhaitent déposer un projet ne pourront pas le faire via l’association. Elles devront être membres de Mov’eo à titre individuel.
Yves Triboulet
Chargé de mission filières
Conseil régional de Basse-Normandie
Tél. : 02 31 53 34 40
Mél : yt@cebanor.asso.fr
Filtrauto prêt à démarrer
Ses filtres sont parmi les meilleurs au monde. Tous les grands constructeurs automobiles, en Europe mais aussi à travers les cinq continents (PSA, RENAULT, Volkswagen, Ford, General Motors, Honda…), les utilisent. Sa maîtrise, unique, des techniques de transformation du média filtrant avec le pli chevron, le pli droit et le nouveau pli courbe a permis d’asseoir la réputation de l’usine Filtrauto de… Vire (440 salariés). Chaque jour, pas moins de 100.000 pièces sortent de ses lignes de fabrication. “Nos technologies de plissage permettent d’augmenter les performances en conservant la même taille de filtre ou de réduire la taille du filtre tout en conservant les mêmes performances”, explique Yves Tisserand, directeur de la recherche et des essais à l’usine de Vire. Ces éléments s’intègrent dans des systèmes de plus en plus large et complexe dont la mise au point s’effectue dans son centre de recherche de VIRE. C’est dire si, parmi les industriels régionaux de l’automobile concernés par le nouveau pôle de compétitivité, Filtrauto (groupe Sogefi*) a sa place et même son mot à dire. “Un tel pôle a pour but de rendre l’industrie performante, de faire avancer tout le monde car la performance dépend de tous, gros comme petits, poursuit le responsable. Il faut pour cela que les messages soient clairs et qu’ils soient vérifiés sur le terrain.” Membre de Movéo, Yves Tisserand est encore un spectateur du pôle mais qui ne demande qu’à s’engager. “Le réseau local potentiel a intérêt à être le plus visible possible. L’objectif qui veut que tout le monde travaille ensemble est bon mais on a besoin de savoir qui fait quoi. Il est nécessaire de trouver des projets fédérateurs.” Qu’on se le dise, Filtrauto est prêt.
* Groupe italien leader dans la production de composants automobiles, Sogefi concentre son activité sur deux lignes
Yves Tisserand
Directeur de la recherche et des essais - Filtrauto, Vire
Tél. : 02 31 66 40 50
Mél : yves.tisserand@filtrauto.com
Axe Caen – Le Havre : une synergie de compétences sur les matériaux composites
Depuis une dizaine d’années, l’équipe de Joël Bréard du LMPG au Havre et celle de Moussa Gomina au laboratoire CRISMAT à Caen, collaborent sur des travaux de recherche dans le domaine des matériaux composites. Cette collaboration s’effectue dans le cadre du Centre National de Recherche Technologique Matériaux, dont les deux laboratoires sont membres. Ce partenariat définit un axe fort Le Havre – Caen dans le domaine des composites à haute performance, qui participe au réseau “Matériaux Polymères, Plasturgie” et qui est clairement identifié à travers des projets industriels dans le pôle de compétitivité Mov’eo. Au sein de ce pôle, le CNRT entend ainsi promouvoir son expertise dans le domaine de l’allégement des structures, notamment par l’emploi de fibres végétales. Par exemple, il est à l’origine d’un projet portant sur les composites à base de fibres de lin, “une ressource à forte valeur ajoutée”, souligne Davy Duriatti, chef de projet au CNRT. Avec les sociétés normandes ACOME, OCI et DEHONDT Technologies, “nous cherchons à promouvoir une filière de lin technique au service des transports du futur”. Cette démarche d’innovation doit permettre d’apprendre à penser “éco-composites” en explorant de nouvelles orientations. C’est ainsi que la thèse de Karine Charlet, financée par le réseau MPP et dirigée par Jean Paul Jernot du CRISMAT, portant sur les “relations propriétés mécaniques/microstructure dans un composite unidirectionnel à fibres de lin”, a débuté récemment. Une telle étude est naturellement pluridisciplinaire : biologie, chimie, physique et mécanique.D’un point de vue fondamental, il s’agit d’exploiter la paroi végétale d’une fibre de lin en tant que structure composite afin d’améliorer et/ou de créer des matériaux respectueux de l’environnement. Ces perspectives ambitieuses appellent nécessairement de profonds changements culturels depuis la conception jusqu’à la fin de vie des produits. C’est dans ce contexte général que se situe un projet de création de Campus Caen-Le Havre, sur les matérieux composites, dont l’ENSICAEN sera un des acteurs important pour la Basse-Normandie.
A peine né, Mov’eo pèse déjà lourd dans le paysage industriel, scientifique et universitaire de l’hexagone. A son actif : quelque 50 projets coopératifs représentant plus de 150 millions d’euros de projets d’investissement dans la recherche-développement. Le nouveau venu opère en effet la fusion de deux pôles de compétitivité préexistants : Normandy Motor Valley pour la Haute et la Basse-Normandie et Vestapolis pour l’Ile de France.
L’un et l’autre avaient été labellisés en juillet 2005. L’un et l’autre étaient spécialisés dans le secteur automobile. Raison pour laquelle l’Etat a souhaité unir leurs forces respectives et donner naissance à un pôle d’envergure mondiale.
“
Normandy Motor Valley avait déjà des relations avec l’Ile-de-France, rappelle Jean-Dominique Wagret, président du pôle haut et bas normand. La fusion des deux pôles permet aujourd’hui de donner une visibilité et une dimension nettement supérieures aux actions engagées sur les territoires. Elle permet également de bénéficier de moyens supérieurs à ceux des pôles de dimension nationale. Le regroupement a un effet de levier. J’ai coutume de dire qu’avec la fusion, 1+1 est bien supérieur à 2.” Une analyse que partage Michael Reynier, chef de la division Développement industriel à la DRIRE Basse-Normandie : “La fusion permettra de générer des projets de dimension mondiale, à la hauteur des défis aujourd’hui posés par l’industrie automobile. “Déployé sur trois régions, riches chacune de sites stratégiques d’essais et de recherche, le pôle Mov’eo possède d’emblée une taille critique qui le place au premier rang européen en matière de concentration de forces scientifiques, industrielles, tertiaires, financières et intellectuelles dans le domaine de l’automobile et des transports. Et parmi les quatre pôles mondiaux majeurs dans ce domaine, aux côtés de clusters de Detroit (USA), du Kanto-Tokaï (Japon) et du Sud/Sud Ouest de l’Allemagne.
Un tissu industriel de près de 200 000 emplois directs
De son côté, Marie-Pierre Delamare, chargée de mission au service Mutations Economiques du Conseil régional de
Basse-Normandie, souligne que “l’ambition scientifique du pôle de mettre l’environnement, la mobilité et lasécurité, au cœur des motivations et des travaux de ses membres est unique au monde.” Car Mov’eo ne se contente pas de reprendre à son compte le champ couvert par ses prédécesseurs, Normandy Motor Valley et Vestapolis. “Le pôle est une vraie création, avec ses axes stratégiques propres qui dépassent la simple fusion de deux structures, résume Isabelle Colvinter, coordinatrice Mov’eo-Normandy Motor Valley.
Ce pôle s’appuie notamment sur les secteurs de l’automobile et des transports collectifs pour développer ses axes stratégiques.”Ces derniers sont au nombre de cinq : énergie et systèmes de propulsion ; environnement et cycle de vie (y compris l’allègement des structures et matériaux) ; sécurité routière ; mobilité et services ; mécatronique.
En plus du monde de l’automobile, Mov’eo associe également des acteurs de l’aéronautique, de l’ingénierie routière et des transports collectifs. L’entreprise Faurecia (Flers), bien que n’intervenant pas sur les problématiques de motorisation, est ainsi impliquée au sein du pôle sur le chapitre sécurité routière. De même, Mov’eo associe des industriels de rang mondial (Renault, PSA, Siemens, Valeo, RATP, Magneti-Marelli…) et un tissu de plus de 1 500 PME-PMI réparties sur les trois régions. A chaque enjeu son domaine stratégique et ses projets de recherche associés.
Sur ce chapitre, le pôle peut s’appuyer sur quelque 30 000 collaborateurs en R&D et près de 5 000 chercheurs
universitaires. Au total, Mov’eo s’affiche comme le catalyseur technologique d’un tissu industriel qui regroupe près de 200 000 emplois directs, au service de l’attractivité des territoires franciliens et normands. “Le grand objectif demeure le développement des capacités de R&D des PME et celui des partenariats entre PME et grands donneurs d’ordres, rappelle Jean-Dominique Wagret. Le pôle permettra aux entreprises qui ne possèdent pas les ressources en interne de créer de la valeur ajoutée via la R&D. Un gage de pérennité et de stabilité sur leur territoire.” Dans le même mouvement, les labos trouveront des opportunités nouvelles de se faire connaître et reconnaître à grande échelle via les projets coopératifs. Exemple parmi d’autres, le laboratoire caennais LCS, unité de recherche CNRS, ENSICAEN(Catalyse et Spectrochimie), déjà membre de Normandy Motor Valley, a été contacté par de grands industriels, au premier rang desquels Renault, pour développer des programmes de recherche dans le domaine de la postcombustion et mettre au point les pots d’échappement catalytiques de demain.
La dynamique de réseaux porte ses fruits. Environ 50 projets de coopération sont ainsi d’ores et déjà intégrés au pôle ; soit labellisés en 2005 par l’ANR, soit en cours depuis les appels d’offres de février 2006. En septembre prochain, un nouvel appel à projets devrait être lancé : le premier sous l’égide de Mov’eo. Au moins 2 projets émanant d’acteurs bas-normands devraient y être présentés.
“Penser global, agir local”
La question se pose, il est vrai, de savoir comment la nouvelle entité, déployée sur trois régions, fera pour assurer l’équilibre des forces et des moyens entre les trois territoires. “Les deux régions normandes ont toujours soutenu Normandy Motor Valley, de même que la fusion avec Vestapolis”, rappelle Marie-Pierre Delamare au Conseil régional de Basse-Normandie. “La dynamique territoriale est une condition essentielle de la réussite de Mov’eo”, poursuit, de son côté, Jean-Dominique Wagret qui cite volontiers l’adage de circonstance : “Penser global, agir local”. Dans la gouvernance du pôle, une distinction est ainsi opérée entre le Comité opérationnel dont l’objectif premier est d’activer les projets, et le Comité territorial chargé de s’assurer de la cohérence des projets au sein des trois territoires. Pour l’heure, l’instance territoriale regroupe quatre comités de site : Basse-Normandie, Haute-Normandie, Versailles-Satory, Rueil.
“Le comité de site bas-normand, comme ses homologues, assurera une mission d’animation de proximité auprès des acteurs locaux, PME-PMI, laboratoires de recherche et centres de formation, explique Marie-Pierre Delamare. Il sera le référent du pôle et assurera sa promotion localement. Particularité de la Basse-Normandie : pour faire adhérer les PME et les inciter à déposer des projets, le comité de site pourra s’appuyer sur l’ARIA” (lire encadré: “3 questions à Yves Triboulet”). Chaque comité possèdera son (ou ses) chargé(s) de mission. Sur le chapitre, Michael Reynier note également que “le fait que le siège de Mov’eo soit installé en Haute-Normandie est un élément important. Le préfet de Haute-Normandie sera le préfet coordinateur du pôle : donc Normand.”
Le chef de la division Développement industriel à la DRIRE Basse-Normandie explicite au passage la démarche de l’Etat vis-à-vis du pôle de compétitivité multirégional : “Jusqu’à ce que les entreprises prennent peu à peu leur autonomie, l’Etat participe au financement de la structure de gouvernance afin de s’assurer que les missions fixées sont bien suivies et que tous les acteurs concernés par le pôle s’y intègrent bien. Ceci fait, il poursuivra sa participation au financement des appels à projets.”
La mécanique est en marche, avec, à la clé, la labellisation de Mov’eo en “Pôle mondial de compétitivité”. Pour l’heure, on ne parle encore que de “vocation mondiale”. “Il s’agit en fait d’une catégorie intermédiaire qui marque la portée stratégique internationale du pôle”, explique Jean-Dominique Wagret. Pour gagner le label suprême (que seuls 6 pôles possèdent du fait de l’antériorité de leur structuration), il faudra avoir transformé l’essai. “Mov’eo et tous les pôles de compétitivité devront faire la preuve de leur qualité, rappelle Michael Reynier. Ils seront tous évalués en 2008, après 3 ans de fonctionnement. Le critère d’appréciation correspondra bien sûr à l’objectif final fixé : l’emploi et le développement économique générés sur les territoires.”
Labellisé le 6 mars dernier, officiellement créé par son assemblée générale fondatrice le 19 juin, plus encore quelques mois de rodage pour être pleinement opérationnel, Mov’eo n’aura pas 3 ans pour convaincre. Ses prédécesseurs avaient déjà bien amorcé la pompe sur leurs territoires respectifs. Reste à présent à tirer le meilleur de la fusion injectée dans le moteur.
Marie-Pierre Delamare
Chargée de mission service Mutations Economiques
Conseil régional de Basse-Normandie
Tél. : 02 31 06 95 30
Mél : mp.delamare@crbn.fr
Isabelle Colvinter
Coordinatrice
Mov’eo - Normandy Motor Valley
Tél : 02 35 80 76 87
Mél : Isabelle.Colvinter@crihan.fr




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