Maisons écologiques : le bâtiment en chantier
28 04 2010
Bâtiment basse consommation, maison passive et même positive : la maison de demain est déjà en chantier. La prise de conscience environnementale, amplifiée par une réglementation plus stricte, oblige toute la filière bâtiment à revoir sa façon de concevoir et de construire.
Nom de code RT 2012 | Un territoire pour les éco-bâtisseurs | Ecologique et économique ?
Nom de code RT 2012
La nouvelle Réglementation thermique (RT) des bâtiments doit s’appliquer à partir du 1er janvier 2011 pour les édifices publics et le secteur tertiaire ; le 1er janvier 2013, pour le secteur résidentiel. Prévue par le Grenelle de l’Environnement pour remplacer l’actuelle RT 2005, la nouvelle bible de la performance énergétique marque une rupture décisive. Elle définit, pour la première fois, un plafond de consommation : 50kWh/m2/an d’énergie primaire, contre une consommation de 150kWh/m2/an pour les bâtiments neufs actuels et de 260kWh/m2/an en moyenne pour le parc immobilier existant. Ce plafond correspond à la norme actuelle du « Bâtiment basse consommation » (BBC) selon le label « BBC Effinergie ».
Un territoire pour les éco-bâtisseurs
En région, des dispositifs et structures soutiennent ou organisent la filière éco-construction. Tour d’horizon.
Des espaces d’informations
Nés d’un partenariat entre l’Ademe, la Région et l’Europe (Feder), les Espaces Info Energie (www.eie-basse-normandie.org) diffusent des informations gratuites et indépendantes sur l’énergie dans l’habitat : aides financières, équipements et nouvelles technologies, diagnostic de performance énergétique, éco-matériaux, prix des énergies… L’ARPE (Association Régionale de Promotion de l’Eco-construction) en Basse-Normandie a pour mission le regroupement et la mise en réseau des différents acteurs qui travaillent autour de l’éco-construction : architectes, constructeurs, artisans, agriculteurs, associations d’éco-constructeurs et éco-citoyens.
Des aides aux particuliers
Le Chèque éco-énergie est un dispositif de la Région Basse-Normandie d’aide aux particuliers pour améliorer l’efficacité énergétique de leur habitation.
Les travaux doivent être réalisés par une entreprise conventionnée par la Région. Un bonus « éco-matériaux » est attribué pour l’utilisation de matériaux d’isolation d’origine animale ou végétale, répertoriés sur une base de données mise à jour par l’Espace Info Energie des 7 vents du Cotentin (www.7vents.fr).
Un fonds pour l’habitat social
Le FORES (Fonds Régional pour l’Eco-habitat Social) est un fonds de la Région Basse-Normandie de soutien aux bailleurs sociaux et acteurs de la construction qui s’engagent dans la réalisation ou la réhabilitation de logements performants sur le plan énergétique. Il a été sollicité pour plus de 1000 logements répartis sur les 3 départements pour un montant de 5 millions d’euros.
Un soutien à la filière
L’ARCENE (Association Régionale pour la Construction Environnementale en Normandie) réunit l’Etat, la Région, l’Ademe, la Fédération Régionale du Bâtiment, la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB), la Caisse des Dépôts et Consignations et l’Association régionale pour l’habitat social. Elle met en synergie les acteurs du territoire pour développer la filière éco-construction : diffusion des bonnes pratiques, montée
en compétences des acteurs, promotion et développement de filières de matériaux et matériels de qualité environnementale.
Des passerelles recherche / entreprises
La Mission Régionale pour l’Innovation et l’Action de Développement Economique (www.miriade-innovation.fr) organise des Passerelles R&D pour permettre aux entreprises et aux laboratoires de se rencontrer : plus de 100 rendez-vous ont été pris lors des passerelles sur les éco-technologies en juin 2009 et sur les éco-énergies en février 2010. Elle vient également de terminer une étude sur les éco-énergies.
Une montée en compétences des acteurs
Lancé lors des Assises régionales du développement durable en décembre 2009 par la Région et l’Université de Caen-Basse-Normandie, l’Institut Régional du Développement Durable (IRD2) doit permettre de multiplier les échanges entre acteurs de la recherche, de la formation et des territoires et, à terme, d’asseoir une capacité d’expertise en matière de développement durable. Plusieurs actions sont envisagées : création d’un répertoire des formations, recensement des compétences existantes, organisation d’ateliers thématiques et de symposiums scientifiques, installation d’un comité régional d’experts, etc.
Un cluster éco-construction
La Région et Caen la mer portent un projet de création de cluster dédié à l’éco-construction et aux énergies renouvelables sur l’ancien site du 18e Régiment de Transmissions de Bretteville-sur-Odon (quartier Koenig). Ce pôle accueillera des entreprises du BTP développant des éco-technologies, des écoles d’apprentissage et des formations continues, une pépinière et un hôtel d’entreprises pour les projets innovants. Dans la même dynamique, la Région s’est portée candidate pour le futur pôle de compétitivité ECOVIA dédié aux éco-technologies.
Ecologique et économique ? ![]()
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La maison écologique peut-elle être aussi économique ? Maisons France Confort, en partenariat avec les industriels Knauf, ArcelorMittal et EDF ENR, a mis au point une maison pré-industrialisée, à coût maîtrisé, qui concilie performances énergétiques et économiques. Commercialisée sous la marque Maisons Performances, elle est dotée d’une structure en acier, pré assemblée en atelier, et d’un double système d’isolation intérieur et extérieur, utilisant un matériau nouveau, le « Casa ». « Le principe d’isolation thermique par l’extérieur est systématiquement utilisé en Allemagne, car il permet d’accroître l’efficacité de l’isolation et de réduire fortement les ponts thermiques, détaille Gwenaël Cernay, adjoint au directeur de la communication. Cette technologie est nouvelle pour la filière en France. Les essais techniques ont été réalisés à Alençon ». Les premières maisons ont été commercialisées en 2007 dans le Calvados, l’Orne et la Sarthe, avec un délai de construction réduit de moitié. L’offre est aujourd’hui étendue à la Haute-Normandie, la Franche-Comté, la région Centre et prochainement Nord Pas-de-Calais. « La maison n’est pas BBC, mais le procédé favorise la labellisation, poursuit Gwenaël Cernay. La consommation énergétique est inférieure de 30% à la RT 2005 et le prix de vente inférieur de 15% à l’offre traditionnelle. »
Il y a la maison « basse consommation », équipée d’une enveloppe performante ; la « maison passive » construite avec des matériaux assez isolants pour supprimer les radiateurs. Il y a même la « maison positive », qui produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme ! L’engouement pour ces habitations vertes est indéniable et les professionnels l’ont bien compris. L’écologie s’inscrit durablement dans les fondations. D’autant que le Grenelle de l’Environnement a fixé les échéances réglementaires pour… demain.
En 2010, 7 000 logements sont en cours de labellisations environnementales en France et 1 000 nouveaux bâtiments et maisons basse consommation ou à énergie positive vont sortir de terre avant la fin de l’année. Terminés les pèlerinages en Allemagne ou Autriche ; l’Hexagone rattrape son retard et passe du système D – où chaque propriétaire, auto-constructeur, maître d’œuvre ou architecte se débrouille selon ses envies, ses informations et ses moyens – au plan massif de construction écologique. Le Grenelle de l’Environnement s’est en effet attaqué à la question du bâtiment, qui dévore 42% de notre énergie et génère 25% de nos émissions de CO2. Dès 2013, les nouvelles constructions individuelles devront être des BBC, bâtiments à basse consommation, la date butoir étant anticipée à 2011 pour les bâtiments du tertiaire et les bâtiments publics. Mais le plus gros chantier sera celui de la réhabilitation : 20 millions de logements doivent être rénovés d’ici 2050. Le marché représente un potentiel de 200 000 nouveaux emplois directs.
« Concrètement, il nous faut innover ! »
Le Grenelle a agi comme un déclic sur les professionnels du bâtiment. En décembre dernier, la Fédération du Bâtiment du Calvados a ouvert une nouvelle section interprofessionnelle « développement durable » dans la foulée de la première édition des Coulisses de la construction durable (février 2009 au Zénith de Caen). « Dans une logique de développement durable, on ne peut plus penser métier par métier, justifie Claire Schmitt, secrétaire générale de la fédération. L’approche transversale et systémique est nécessaire pour optimiser les performances du bâtiment ». En janvier, les principaux représentants professionnels et institutionnels se sont regroupés au sein d’une nouvelle association ARCENE (lire ci-contre). Objectif : la synergie de toutes les dynamiques locales et la mobilisation générale et organisée de la filière, « pour opérer une mutation en profondeur, que ce soit au niveau de l’approche des marchés, de l’organisation de l’entreprise, des services ou des solutions techniques, analyse Pierre Evrard, chargé de mission ARCENE. Concrètement, il nous faut innover ».
Certains ont bien anticipé. « On nous a demandé en moins de dix ans, de diviser par huit la consommation de nos bâtiments », résume François Taudière, PDG de Tickner, constructeur de maisons en ossature bois à Mesnil Mauger, dans le Pays d’Auge. Depuis le 1er janvier, il a mis sur le marché une maison dont les performances énergétiques répondent à la future réglementation thermique 2012 (lire ci-dessous). Caractéristiques techniques : ossature bois, panneaux isolants en fibre de bois et ouate de cellulose. Seul produit à la vente cette année, la société espère en commercialiser 80 en 2010. « Si nos clients ne font pas ce choix aujourd’hui, leur maison deviendra obsolète demain. » Pour être en mesure d’être sur le marché à l’heure du Grenelle, Tickner a travaillé sur le prototype, il y a déjà quatre ans. « On a eu la chance d’y croire avant les autres. »
La maison écolo accessible à tous
Pour relever ce défi technologique, les constructeurs font appel aux éco-matériaux, aux énergies renouvelables et à des techniques nouvelles – isolation répartie, géothermie, ventilation double flux… – plus
performants en termes d’économie d’énergie et ayant le moins d’impact possible sur l’environnement. Ces
technologies innovantes font aujourd’hui l’objet de recherche intensives, notamment en région (« Des matériaux à la fibre écolo », Connexions n°31 / juillet 2008). Le véritable défi porte aujourd’hui sur leur viabilité économique. « On ne peut pas attendre le retour sur investissement sur 20 ans pour une chaudière bois ou un panneau solaire », regrette Thierry Halconruy, directeur des études, de la recherche et de l’international à l’ESITC Caen. Le surcoût de mise en œuvre du bâtiment basse consommation, dont s’inspire la RT 2012, se situe entre 12 et 30% selon la forme de la maison neuve, l’énergie utilisée et les zones climatiques. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) estime qu’avec la généralisation et l’industrialisation des nouvelles techniques, ce surcoût pourrait être ramené entre 5% et 10% dès 2012, et donc amorti en 5 ou 10 ans, grâce aux économies énergétiques. Les premières maisons écologiques à prix modéré sortent de terre (lire page 13) et le logement de masse devient plus écolo à son tour.
Numéro 2 de la construction individuelle en France, le groupe alençonnais Maisons France Confort a conçu une maison BBC « automatisée », dont un premier modèle a été vendu à un particulier, fin 2009, à Cavalaire-sur-mer (Var). La maison est construite selon des modes traditionnels en brique ou parpaings. En revanche, le constructeur a optimisé tout le système de ventilation, de chauffage et de production d’eau sanitaire afin d’obtenir une performance énergétique inférieure à 40 kWh/m²/an. « En amont, nous réalisons pour le client l’étude thermique de sa future maison, afin de déterminer l’implantation, les choix techniques et énergétiques, explique Gwenaël Cernay, adjoint au directeur de la communication du groupe. Une fois les travaux réalisés, nous procédons aux contrôles des performances énergétiques de la maison (test d’étanchéité à l’air) par un certificateur indépendant, ce qui permet à la maison d’obtenir le label BBC Effinergie® et à son propriétaire de bénéficier des aides financières et fiscales (prêt à taux zéro, crédit d’impôt, taxe foncière, aides régionales, etc.). »
L’approche « systémique »
À l’école d’ingénieurs ESITC Caen, les éco-bâtisseurs de demain sont formés à l’approche systémique. « En pensant le bâtiment comme un système global à optimiser, on comprend qu’il n’y a ni un matériau ni une technique à privilégier. Le bâtiment idéal est multi matériaux, contextualisé et optimisé sur son cycle de vie », analyse Dr. Mohamed Boutouil, responsable du laboratoire de recherche matériaux de l’école d’ingénieurs ESITC Caen. Grâce aux nouveaux outils numériques de simulation, le bâtiment devient un objet virtuel,
appréhendé comme un ensemble cohérent. « Optimiser les performances environnementales du bâtiment, c’est gérer, qualitativement et quantitativement, les performances de chaque partie du bâtiment, depuis sa conception jusqu’à sa déconstruction. Aujourd’hui, on dispose d’outils de qualification (analyse du cycle de vie) et d’évaluation des performances, qui permettent d’apporter au donneur d’ordre une réponse globale et étayée.»
Un nouveau métier émerge : celui d’ingénieur système du bâtiment, qui remplacera, demain, le tandem actuel constitué de l’architecte qui mandate un bureau d’ingénierie. « Dans les domaines de la mécanique ou de l’aéronautique, cette fonction d’ingénierie système existe déjà, précise Thierry Halconruy, directeur des études. Pour le bâtiment, c’est une révolution en termes d’approche ». La formation, qui, hier encore reposait sur une dominante essentiellement mécanique, s’ouvre aujourd’hui sur des notions d’énergie, de thermodynamique…
Conséquence immédiate : les bâtisseurs d’hier n’ont pas toujours le bagage technologique adapté. La Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises (CAPEB) envisage de former 10 000 « éco-artisans » d’ici 2011. La Fédération Française du Bâtiment développe également une offre de Formation aux Economies d’Energie des entreprises et artisans du Bâtiment (FEE Bat). La mise à niveau de compétences des entreprises du secteur prendra certainement quelques années. L’ESITC Caen ouvre à la rentrée prochaine un master spécialisé « éco-matériaux et développement durable » pour tous ceux qui sont déjà sortis de l’école et qui ont une approche plus généraliste de la profession. La filière est à pied d’œuvre.
Thierry Halconruy
Directeur des études, de la recherche
et de l’international ESITC Caen
Tél. : 02 31 46 22 90
Dr Mohamed Boutouil
Responsable du laboratoire
de recherche matériaux ESITC Caen
Tél. : 02 31 46 23 10
Claire Schmitt
Secrétaire générale Fédération
BTP du Calvados
Tél. : 02 31 27 70 80
Pierre Evrard
Chargé de mission ARCENE
Tél. : 02 31 27 70 53
Eric Vandromme
Directeur technique Maison France Confort
Tél. : 02 33 80 66 66
François Taudière
PDG Tickner
Tél. : 02 31 63 82 74




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