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La recherche chevillée au corps

28 04 2010

P20_Ouverture_FGS.jpgAu CHU, elle examine des milliers d’échantillons de tissus humains. Son avis est primordial dans la détection de certaines maladies. Anatomo-pathologiste passionnée, le professeur Françoise Galateau-Sallé est aussi l’une des spécialistes mondiales du mésothéliome, ce terrible cancer lié à l’amiante.


Une des spécialistes mondiales du mésothéliome

Une des spécialistes mondiales du mésothéliome
Cancer lié à l’amiante, le mésothéliome est une maladie rare. Très difficile à repérer car elle survient 30 à 40 ans après une exposition à l’amiante, son diagnostic survient alors que la maladie est déjà installée. Toutes les forces des spécialistes sont donc tournées vers sa reconnaissance beaucoup plus en amont. Placé sous la direction du Professeur Françoise Galateau-Sallé, le Centre de ressources biologiques mésothéliome bas-normand a reçu le label INSERM (1). La spécialiste fait aussi partie du Groupe national d’experts pathologistes MESOPATH. Elle est également responsable du panel international des mésothéliomes et du Centre d’excellence Mesopath IM@EC (Centre d’expertise international par télépathologie pour le mésothéliome).(1) Elle travaille aussi dans l’équipe de recherche UCBN-INSERM « cancers et populations » dirigée par Guy Launoy.

Son petit bureau déborde. De livres, d’études, de rapports, de lames… Ce sont ces dernières qui font la particularité du métier de Françoise Galateau-Sallé : sur ces petits morceaux de verre, un échantillon humain (tissu et cellule) a été reproduit. Prélevé, décortiqué, placé et protégé à vie sur ces quelques centimètres de lame, puis codifié, répertorié, classé (1), il ne lui reste plus qu’à passer à l’analyse du microscope de la spécialiste. Son avis est primordial et très attendu. « C’est une responsabilité très lourde. Tout mon travail est tourné vers les cliniciens. Selon ce que j’observe sur cette petite lame, on engage les traitements. Mais je signe aussi des arrêts de mort tous les jours. »

Arrivée de Paris en 1972, Françoise Galateau-Sallé achève à Caen ses études de médecine, spécialité « anatomie-pathologique ». « Je pensais faire pédiatrie mais voir comment se développe la maladie a parfaitement convenu à ma forme de pensée. Cette observation à l’échelon microscopique, à l’interface entre la clinique et la recherche, est passionnante. Ma spécialité permet de comprendre les mécanismes physio-pathologiques. »

P20_Vignet_lame.jpgTraval technique et de labo, l’anatomo-pathologiste (également appelé pathologiste ou « anapath » dans le jargon médical) est à la source même de l’indication thérapeutique qui permettra ensuite l’engagement d’un traitement. « C’est une profession où il faut à la fois observer et intellectualiser. Il y a plusieurs hypothèses devant une image mais une seule vérité. » Au CHU, ils sont cinq pathologistes. A chacun ses domaines pour 22.000 dossiers par an. Pour le professeur Galateau-Sallé, la pathologie thoracique et cardio-vasculaire. Problème, les spécialistes ne se bousculent pas à Caen. Ceux qui viennent repartent. Au final, les lames s’accumulent. Françoise Galateau-Sallé en voit passer 4.000 chaque année alors qu’un nombre de 2.000 dossiers serait la norme.
A côté de son travail de diagnostic, les activités d’enseignement et de recherche font aussi partie de son quotidien. Arrivée au petit matin et partie tard dans la nuit, la chef de service, également professeur à l’Université de Caen Basse-Normandie, enchaîne les tâches, se bat pour obtenir les financements et conserver ses équipes. Sans compter ses heures. Sans penser aux sirènes du privé, notamment de l’étranger… Le service public de la santé est sa vie. « On peut parler de sacerdoce. J’ai toujours une certaine idée de la science, c’est quand même la plus belle chose qui existe. »

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Devenue une des spécialistes du mésothéliome (2), ce cancer lié à l’amiante, elle parcourt le monde pour échanger ou enseigner et publie dans les plus grandes revues pour faire savoir. Dans un coin de son bureau, à l’intérieur d’une valise rouge, des dizaines de lames sont prêtes à la suivre jusqu’à Paris. Demain, avec des collègues venus de toute la France, elle les examinera, comparera, diagnostiquera… Après-demain, elle sera aux Etats-Unis pour une conférence. Puis retour à Caen. Fatiguée certes mais toujours aussi passionnée. La recherche chevillée au corps.


(1) Créée en 2006, la tumorothèque bas-normande (qui cryo-préserve 50.000 échantillons de tissus et cellules humaines) est l’une des 56 de France (Connexions N°25 / mai 2007). Elle est aujourd’hui l’une des six retenues pour constituer une tumorothèque virtuelle nationale. Françoise Galateau-Sallé en est la fondatrice et responsable.
(2) Tumeur maligne développée à partir des cellules qui tapissent les séreuses, le mésothéliome est une tumeur rare (moins de 1 % des cancers), liée à une exposition à l’amiante (plus de 80 % des cas) et dont l’incidence augmente dans les pays industrialisés. Résistante à la majorité des traitements, elle est très agressive puisque la mortalité est de 100 % à courte échéance.

Pr Françoise
Galateau-Sallé

CHU Côte de Nacre / Caen
Anatomie Pathologique – Tél. : 02 31 06 49 25

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