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La culture, facteur d’attractivité du territoire ?

20 01 2010

Logo_Retis_HD.jpgRétis, le réseau national des technopoles, incubateurs, CEEI et pôles de compétitivité, a organisé son congrès national à Caen le 26 novembre 2009. A cette occasion, Synergia, Normandie Incubation et leurs partenaires ont proposé deux tables rondes sur le thème de l’innovation. Synthèse de la 1ère table ronde ( retrouvez ici la 2nd table ronde)

Personne ne conteste plus aujourd’hui l’enjeu économique de la culture. Pourtant, il y a moins de dix ans, peu de développeurs territoriaux auraient parié sur la culture comme facteur d’attractivité. Elsa Vivant, maître de conférence à l’Institut Français d’Urbanisme et Vincent Gollain, de l’Agence régionale de développement de Paris Ile-de-France examinent les liens entre économie et créativité.

La culture représente 400 000 emplois en France, dont 50% en Ile-de-France, et 7% du chiffre d’affaires du secteur des services. Voilà pour le poids économique. Les productions culturelles françaises participent aussi à la construction de l’identité d’un pays. À l’échelon français, dans un contexte de décentralisation qui exacerbe la concurrence entre les collectivités, la culture est instrumentalisée dans les stratégies des territoires pour se démarquer.

vivant.JPG« Les collectivités proposent de nouveaux équipements culturels pour attirer les cadres, les touristes et faire rayonner la ville, détaille Elsa Vivant, maître de conférences à l’Institut Français d’Urbanisme (Paris 8). Mais cette politique a des limites : le coût de ces investissements d’une part, et l’intérêt porté au contenant, plutôt qu’au contenu, à l’architecture plutôt qu’au fonctionnement. 30% des Français vont au musée, exactement comme il y a 30 ans. En outre, on attend toujours beaucoup d’effets sur l’économie locale, or Guggenheim est l’exemple unique de réussite. Lille 2004 a eu un impact indéniable en termes d’image, mais peu de retombées économiques ».

Les « classes créatives » de Florida

L’argument culturel ne serait qu’un outil de communication ? Trop réducteur. « On assiste aujourd’hui à un repeuplement des villes, notamment dans les quartiers centraux, par une classe moyenne à supérieure, poursuit l’universitaire. Dans ce phénomène de gentrification, les artistes jouent un rôle de révélateurs de l’intérêt nouveau des quartiers délaissés. » Pour ces nouvelles classes moyennes (qualifiées de « bobos »), l’offre de la ville et la centralité sont facilitateurs de vie. Elles correspondent aux « classes créatives » de l’économiste américain Richard Florida.

Selon lui, il existe une nouvelle classe sociale dominante d’actifs créateurs (de nouveaux contenus, de nouvelles idées, de nouvelles technologies) ou capables de résoudre des problèmes complexes qui nécessitent un haut niveau de qualification (financiers, juristes…). Cette classe valorise la créativité, la diversité, le mérite, l’individualisme. Elle choisit son lieu de vie avant son lieu de travail, en privilégiant des centres urbains ouverts, tolérants, cosmopolites.

Indices de tolérance, de talent et de technologie

Sa thèse, souvent critiquée, fait débat. « C’est effectivement un concept flou, mais qui amène des réflexions nouvelles et intéressantes sur la ville aujourd’hui, analyse Elsa Vivant. La thèse centrale de ses travaux lie d’ailleurs le développement économique des villes à leur capacité d’attirer les membres de la classe créative ». Au palmarès des villes les plus attractives, en fonction d’indices de tolérance, de talent et de technologie imaginés par l’économiste américain, San Francisco tient la première place.

Ce type de discours trouve aujourd’hui un écho favorable auprès des collectivités. Le créatif a la cote, au risque quelquefois de se retrouver à toutes les sauces. Elsa Vivant conclut son propos en présentant la publicité d’une entreprise fromagère décrétée fleuron de l’industrie… créatrice ! « En courant après le tout créatif, on risque d’être contreproductif. La culture ne se décrète pas. »

« Se positionner en tant que territoire créatif »

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Vincent Gollain, Directeur de l’attractivité durable des territoires de l’Agence régionale de développement de Paris Ile-de-France

Sur quoi se fonde l’attractivité durable d’un territoire ?
Dans un monde en compétition, il faut se positionner et offrir quelque chose de différent. Voilà à quoi sont aujourd’hui confrontées les collectivités dans un contexte de globalisation. Face à un public zappeur et exigeant, il faut être créatif. On a coupé la culture de l’économique. Or, c’est la passerelle entre ces deux mondes qui crée la créativité. Il faut qu’on ajoute de la valeur, de la création, dans les produits et les services, que l’on ait quelque chose de différent à proposer, que l’on se distingue des produits formatés.

Comment devenir territoire créatif ?
La créativité n’est pas l’apanage des grandes métropoles. La collectivité doit d’abord établir un diagnostic, une sorte d’état des lieux de son potentiel créatif : recenser les compétences, les talents, les lieux de production et de diffusion… Puis elle devra faire des choix pour stimuler la créativité territoriale. Qui veut-elle attirer ? Des entreprises ? Des classes créatrices ? Il s’agit de définir la cible, et en fonction de celle-ci, déclencher des stratégies.

Quelle est votre stratégie ?
Parmi les actions engagées, je retiens l’organisation de l’événement Futur en Seine au printemps 2009, à l’initiative de Cap Digital, le pôle de compétitivité sur les contenus numériques d’Ile-de-France. L’idée était de mettre la technologie dans la ville pendant dix jours, d’offrir au public une vision de la ville numérique du futur en conciliant l’innovation culturelle et technologique : parcours iPhone et lunettes de réalité virtuelle sur la ville de Paris, robot touriste pour visiter à distance la Cité des sciences, balade en péniche avec projection d’image en 3D sur les façades des immeubles, carte 3D d’Issy-les-Moulineaux, etc.
Pour conclure…
Le point clé est de bien connaître son territoire, puis de l’utiliser comme un laboratoire vivant à partir des compétences, des sites et des entreprises dont on dispose.

« Caen, la culture en capitales »

duron.JPGLa ville de Caen a entrepris d’ouvrir le débat sur la future politique culturelle. « Caen est une ville qui a une offre culturelle, beaucoup d’équipements – quelquefois dédoublés - qui fonctionnent, beaucoup – et sans doute trop – de décideurs, mais il manque une politique culturelle, un pilotage fort », estime Philippe Duron, député et maire de Caen depuis 2008. « La culture d’une ville, c’est le patrimoine, la création, l’événementiel et la culture dans la ville. Notre territoire a une telle culture patrimoniale qu’on cherche souvent, avec difficulté, les marques d’une culture actuelle. L’émergence, la nouveauté créative, les expressions novatrices semblent trop peu encouragées. C’est sur la base de ces constats que la ville souhaite favoriser la mise en mouvement de l’ensemble de ce terreau créatif. »

Photos légendées :
Tribune 1 : Au cours du petit-déjeuner, les intervenants ont examiné les liens entre économie et créativité.

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