Filière pharmaceutique : Fédérer pour mieux valoriser
29 09 2009
La Basse-Normandie dispose d’un vrai potentiel dans le secteur pharmaceutique : industries, recherche, innovation, formation sont présentes sur tout le territoire. Après une étude du CESR, parue en 2007, de nouvelles relations se sont établies entre les acteurs de cette filière. Reste désormais à renforcer la coopération interrégionale, indispensable à une valorisation à grande échelle.
Les laboratoires de recherche de la filière pharmaceutique : Cancer | Bactérie | Estrogènes et reproduction | Matrice extracellulaire | Biologie Cellulaire | Médicament | Mémoire | Mycologie | Neurosciences | Chimie Moléculaire |
Industrie-Recherche : des partenariats contre la maladie | Les Laboratoires Gilbert, le spécialiste de l’unidose stérile | Jeunes pousses à arrimer |
Cancer
Au sein du Groupe régional d’études sur le cancer (GRECAN, UCBN), l’équipe Bioticla – « Biologie et thérapie innovantes des cancers localement agressifs » – conçoit et évalue, dans des modèles pré-cliniques, de nouvelles approches pour le traitement des cancers de l’ovaire et du mésothéliome, grâce à la combinaison de petits acides ribonucléiques (ARN interférents et microARN) et/ou de petites molécules (BH3-mimétiques). Ces travaux, dont certains font l’objet d’une collaboration avec le CERMN (UCBN), intègrent la définition de protocoles de vectorisation susceptibles d’amener ces agents thérapeutiques au cœur de la tumeur. L’enjeu est d’aboutir à la proposition d’un essai clinique de phase précoce à court terme, en partenariat avec l’Unité de Recherche Clinique du CLCC F. Baclesse et les industriels concernés.
Directeur
Pascal Gauduchon
Tél. : 02 31 45 50 70
Bactéries
L’équipe de recherche EA 2128 « interactions hôte et micro-organisme des épithéliums » de l’UCBN dirigée par le Pr Roland Leclercq est basée au CHU de Caen. Elle rassemble des bactériologistes et des virologues travaillant sur la virulence de bactéries responsables d’infections nosocomiales (entérocoques) et de virus responsables d’infections respiratoires. Une partie du travail porte sur l’élucidation des mécanismes de résistance bactériens aux antibiotiques qui permet à l’industrie pharmaceutique de modifier certains antibiotiques existants ou de développer des antibiotiques de structure nouvelle afin qu’ils échappent à ces résistances. Les mécanismes de résistance aux nouveaux antibiotiques sont prédits de façon à définir des modes d’utilisation du médicament prévenant l’apparition de résistance.
Directeur
Roland Leclercq
Tél. : 02 31 06 45 72
Estrogènes et reproduction
Au sein de l’Institut de Biologie Fondamentale et Appliquée, les travaux de l’équipe de recherche « Estrogènes et Reproduction » de l’UCBN (EA 2608 associé à l’INRA) sont centrés sur l’étude des mécanismes moléculaires et cellulaires de régulation de l’expression du gène de l’aromatase (enzyme de conversion des androgènes en estrogènes) dans les cellules gonadiques et l’analyse du rôle intragonadique des estrogènes. Ces nouvelles recherches en endocrinologie trouvent des applicatifs dans les domaines de la reproduction (animale et humaine). Le laboratoire travaille en partenariat avec le CHU de Caen, mais aussi ceux de Lille, Amiens, Rouen et différents laboratoires pharmaceutiques.
Directeur
Serge Carreau
Tél. : 02 31 56 54 88
Matrice extracellulaire
L’équipe de recherche du Laboratoire matrice extracellulaire et patho-logie de l’UCBN (EA 3214, IFR 146 ICORE) étudie, depuis sa création il y a vingt ans au sein de l’UFR de médecine, les mécanismes moléculaires et cellulaires en cause dans les pathologies dues à un dérèglement de la matrice extracellulaire : arthrose, fibrose, etc. Elle cherche à comprendre la survenue de ces pathologies, et à apporter une solution de thérapie. Dans ce cadre, le Laboratoire matrice extracellulaire et pathologie, participe, en partenariat avec des industriels (Johnson&Johnson, Negma-Lerads, Nicox, laboratoires Pierre Fabre et Expansciences) à des travaux de recherche fondamentale et appliquée autour de molécules à visée thérapeutique.
Directeur
Karim Boumediene
Tél. : 02 31 06 82 18
Biologie Cellulaire
Par de multiples approches technologiques et pluridisciplinaires, les objectifs de l’équipe du Laboratoire de Biologie Cellulaire et Moléculaire de la Signalisation de l’UCBN (LBCMS/EA 3919), rattaché à l’UFR de médecine, sont de caractériser de nouveaux facteurs pronostiques dans les hémopathies malignes et les cancers du côlon, comprendre les mécanismes de la carcinogenèse colique et hématopoïétique, et proposer des thérapies innovantes. Différents projets développés par le LBCMS sont ainsi en rapport direct avec la filière pharmaceutique. Le LCBMS recherche, par exemple, à établir la sensibilité des cellules de myélome multiple à la chimiothérapie en utilisant des shRNA ou à réexprimer la protéine suppresseur de tumeur CDX2 dans le cancer du côlon.
Directeur
Brigitte SOLA
Tél. : 02 31 06 82 25
Médicament
Laboratoire de l’UFR des Sciences Pharmaceutiques, le Centre d’études et de recherche sur le médicament de Normandie de l’UCBN (CERMN / EA4258, FR CNRS 3038 INC3M) est membre de l’école doctorale normande de Biologie intégrative, santé, environnement (EdN BISE 497), des réseaux interrégionaux CRUNCh Orga, LARC Neurosciences, et de la Fédération de Recherche CNRS 3038 INC3M (Institut Normand de Chimie Moléculaire, Médicinale et Macromoléculaire). Ses activités sont orientées vers la conception, la synthèse, l’étude physicochimique et l’évaluation biologique de nouvelles molécules d’intérêt thérapeutique (cancérologie, neurosciences). Ces travaux sont menés le plus souvent en partenariat avec l’industrie pharmaceutique ou de chimie fine. Les moyens chimiques et analytiques utilisés permettent la constitution de chimiothèques ciblées.
Directeur
Pr. Sylvain Rault
Tél. : 02-31-56-68-01 / 02-31-56-59-10
Mémoire
A l’interface de l’UFR des Sciences Pharmaceutiques et de l’IBFA, le Groupe Mémoire et plasticité comportementale de l’UCBN (GMPc / UPRES EA 4259) développe de nouveaux moyens d’études quantitatives du comportement – en particulier de l’apprentissage et de la mémoire. L’équipe étudie aussi l’influence de molécules sur les paramètres d’apprentissage et de mémoire, dans des modèles animaux de déficits mnésiques. Le GMPc est ainsi régulièrement sollicité par les industriels du médicament pour son expertise (validation de nouvelles stratégies thérapeutiques) et la réalisation d’expériences, allant de la caractérisation in vitro des paramètres d’affinité et de sélectivité de nouvelles molécules (dans une recherche de candidats médicaments) menées avec le CERMN, à la caractérisation de leur potentiel in vivo sur les paramètres comportementaux.
Directeur
François Dauphin
Tél. : 02 31 94 72 55
Mycologie
Une des missions de l’Equipe de Recherche et d’Etudes en Mycologie de l’UCBN (E.R.E.M.), de l’UFR des Sciences Pharmaceutiques de l’UCBN créée en 2004, est l’inventaire régional et l’étude biologique des champignons (macromycètes et micromycètes) destructeurs de bois d’oeuvre dans les habitats. Les autres domaines de son activité sont la culture de ces champignons pour tester de nouvelles substances à visée fongicide et la mise en évidence de l’impact de ces champignons sur la santé humaine (bioaérosols toxiques ou allergisants,…). Ces deux dernières thématiques font l’objet de plusieurs collaborations au sein de l’UFR des Sciences pharmaceutiques de Caen.
Directeur
Jean-Philippe Rioult
Tél. : 02.31.56.60.16/ 02.31.56.64.94
Neurosciences
Le GIP Cyceron est une plateforme d’imagerie constituée d’un ensemble unique de laboratoires et d’instruments mis à la disposition des équipes du Centre d’Imagerie-Neurosciences et d’Applications aux PathologieS (CI-NAPS/ Laboratoire CNRS, CEA, INSERM, UCBN, Université Paris Descartes). Elles y mènent des recherches portant sur le développement du cerveau humain normal et ses fonctions cognitives, ainsi que sur ses dysfonctionnements (maladie d’Alzheimer, accident vasculaire cérébral, schizophrénie, tumeurs). Leurs objectifs sont, outre la production de nouvelles connaissances, de définir de nouveaux outils diagnostiques et la mise au point de nouvelles stratégies thérapeutiques. Le CI-NAPS travaille également au développement de nouveaux traceurs et à leurs évaluations en recherche préclinique.
Directeur
Bernard Mazoyer
Tél. : 02 31 47 02 00
Chimie Moléculaire
La chimie moléculaire est au cœur des recherches du Laboratoire de Chimie Moléculaire et Thio-organique (LCMT – Laboratoire CNRS, ENSICAEN, UCBN). Spécialisé en synthèse organique fine, en chimie et physicochimie des macromolécules, ce laboratoire de 70 personnes (40 permanents) concentre ses activités autour de la méthodologie de synthèse, les biomolécules et les matériaux moléculaires, avec trois axes de recherche principaux : soufre et phosphore ; fluor et azote ; matériaux polymères et catalyse. Les recherches fondamentales qui y sont menées visent à la préparation de nouvelles molécules et intermédiaires de synthèse. Dès qu’une molécule d’intérêt a été sélectionnée, les recherches du LCMT, en amont dans la chaîne du médicament, sont relayées par les travaux des pharmacologues, des biologistes et des médecins.
Directeur
Annie-Claude Gaumont
Tél. : 02 31 45 28 74
Industrie-Recherche : des partenariats contre la maladie
Pour l’équipe de l’unité de recherche clinique du Centre de Lutte Contre le Cancer (CLCC) François Baclesse, le partenariat avec les industriels n’a rien d’inhabituel. Au contraire. La moitié environ de l’activité de l’unité concerne l’investigation : des essais proposés directement par les groupes pharmaceutiques. « Notre objectif reste de donner accès à nos patients à l’innovation thérapeutique, rappelle Bénédicte Griffon, cadre de recherche clinique de l’unité. Nous pouvons ainsi leur proposer un traitement des années avant sa mise sur le marché ». En 2007, avec un taux de plus de 14 % de patients inclus dans un essai clinique, le centre Baclesse s’est ainsi classé en tête de l’ensemble des CLCC. Ce type de partenariat existe aussi dans la recherche
fondamentale, mais le projet actuel de Cyceron va plus loin. La plateforme d’imagerie biomédicale accueillera à ses côtés, début 2010, une unité de production de Cyclopharma, fabricant de radiopharmaceutiques. « La venue de cette entreprise nous permettra d’établir un partenariat « public-privé » où un véritable transfert mutuel de savoir faire accélérera la mise à disposition de radiopharmaceutiques pour la recherche clinique », souligne Louisa Barré, qui dirige, au sein de l’UMR CI-NAPS accueillie par Cyceron, le « Groupe de Développements Méthodologiques en Tomographie par Emission de positons ». Industrie-Recherche : ces partenariats contribuent surtout à gagner du temps sur la maladie.
>Louisa Barré – Responsable du Groupe de Développements Méthodologiques en caméras à positon, Ci-NAPS (CNRS, CEA, INSERM,
UCBN, Paris Descartes) / Cyceron
Tél : 02 31 47 02 24
Site : Cyceron
> Bénédicte Griffon – Cadre administrative de l’unité de recherche clinique du CLC François Baclesse
Tél : 02 31 45 50 98
Les Laboratoires Gilbert,
le spécialiste de l’unidose stérile
Les Laboratoires Gilbert,le spécialiste de l’unidose stérile
Créés en 1904, les Laboratoires Gilbert (LG) abritent au départ la fabrication d’emplâtre de feuille de saule pour le traitement des cors et des durillons. Rachetés en 1958 par Jacques Batteur, l’établissement s’installe à Hérouville Saint-Clair en 1962. Il lance alors les pansements prêts à l’emploi, puis les compresses en sachet individuel. Un coup de génie, car le marché explose. En 1989, après l’arrivée de Laurent Batteur à la tête du groupe, les LG s’équipent d’une première ligne de production d’unidoses stériles de sérum physiologique, d’une capacité de 20 millions d’unités par an. « Nous devions trouver un créneau original pour nous démarquer des grands groupes : l’unidose en était un ! », sourit Jean-Jacques Dronne, directeur général délégué. Désormais, avec une production annuelle de 500 millions d’unités (antiseptique, solutions buccales, nasales, etc.) – et un CA de 85 millions d’€ annuels – les LG sont devenus les 2e fabricants français d’unidoses stériles. Et le marché reste porteur. « Il se confirme avec le développement des soins à domicile », note le pharmacien. En 2007, le
groupe a ainsi décidé d’investir dans une nouvelle usine de 12 000 m2, équipée de trois nouvelles lignes de production. Son ouverture, prévue début 2010, devrait permettre aux LG d’atteindre, à terme, une capacité de production totale d’un milliard d’unités par an, et de devenir un des leaders européens de l’unidose stérile en produits salins.
> Jean-Jacques Dronne – directeur général délégué et pharmacien responsable des Laboratoires Gilbert
Tél : 02 31 47 15 15
Site: Laboratoire Gilbert
Jeunes pousses à arrimer
En Basse-Normandie, les jeunes pousses sont avant tout issues de la recherche publique. Au sein de l’UCBN, le CERMN est l’un des laboratoires les plus fertiles. Il a déjà donné naissance à plusieurs sociétés de valorisation, comme Syntheval ou Borochem. Dernier projet en date : Predireach, initié par Elodie Lescot-Fontaine, docteur en pharmacochimie et modélisation moléculaire et Ronan Bureau, professeur en modélisation moléculaire et biophysique à l’UCBN. Grâce à l’utilisation de l’outil informatique faisant appel aux méthodes QSARs et de références croisées, ce projet permet aux entreprises concernées notamment par la législation Reach, d’établir le lien entre la structure chimique d’une molécule et sa toxicité. Résultat pour les entreprises : une économie financière et un gain en terme d’image, l’innovation permettant d’éviter les tests sur les animaux. Le projet bénéficie du soutien d’Oséo (projet lauréat du concours d’aide à la création d’entreprises 2008, catégorie émergence), de la Région, par le biais de l’allocation soutien aux jeunes créateurs et de Normandie Incubation. Pour Elodie Lescot-Fontaine, « manque encore le partage d’expérience avec les industriels locaux ». D’autres start-up – comme Borochem – souffrent quant à elles de difficultés à trouver des locaux adaptés à leurs activités « Il serait judicieux de regrouper, sur le plateau nord, aux côtés de l’UFR de Sciences Pharmaceutiques (UCBN), du CHU et des industriels, un espace prêt à accueillir des start-up, estime Philippe Hugo. Il faut arrimer ces entreprises au territoire bas-normand, sous peine de les voir, plus tard, quitter la région ».
> Elodie Lescot-Fontaine
Predireach • Tél : 02 31 56 68 23 •
Tout le monde connaît le Doliprane®, médicament le plus vendu en France ces dernières années, le Synthol®, réputé pour « faire du bien là où ça fait mal », ou le fameux stick vert du Dermophil Indien. Mais qui sait que ces trois produits phares de l’industrie pharmaceutique française sont « Made in » Normandie ?
Loin de se résumer à la production de ces médicaments vedettes, l’industrie régionale se caractérise d’abord par sa diversité. Des entreprises de toute envergure sont implantées sur le territoire, y compris en milieu rural. Si Hérouville Saint-Clair rassemble les géants Shering-Plough, Farmaclair (ex GlaxoSmithKline) et le groupe régional Batteur (Laboratoires Gilbert), Coutances accueille le site de production d’Unither Pharmaceuticals, Creully celui de Nestlé Clinical Nutrition… « Il y a une vraie tradition pharmaceutique en
Basse-Normandie : des entreprises familiales y sont nées, d’autres s’y sont implantées avec la délocalisation des activités industrielles du bassin parisien dans les années 60 », précise Philippe Hugo, chargé de mission au Conseil Economique et Social Régional de Basse-Normandie (CESR). En 2007, ce dernier a mené, en partenariat avec la Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (DRIRE), une étude relative à « La filière pharmaceutique et ses activités connexes en Basse-Normandie » (1). Elle révèle qu’à elles seules, les neuf entreprises bas-normandes exploitant une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) représente 1700 emplois (2). Leur point commun : une activité exclusivement productive, conséquence de l’absence de centres de R&D intégrés. En matière de recherche, la Basse-Normandie dispose pourtant d’un fort potentiel dans de nombreuses disciplines liées à la pharmacie.
Les travaux de certains laboratoires se situent ainsi en amont dans la chaîne de conception du médicament. Comme ceux du Laboratoire de Chimie Moléculaire et Thio-organique (LCMT, Laboratoire CNRS, ENSICAEN, UCBN), destinés à la préparation de nouvelles molécules, ou, plus loin, ceux du Centre d’Etudes et de Recherche sur le Médicament de Normandie (CERMN, UCBN), relatifs à la conception de nouvelles molécules à visée thérapeutique (voir encadrés).
« Vers une recherche de transfert »
Autre exemple dans le domaine des neurosciences, avec Cyceron : plusieurs équipes de recherche du CI-NAPS (Laboratoire CNRS, CEA, INSERM, UCBN, Université Paris Descartes), accueillies sur la plateforme d’imagerie biomédicale, intègrent une composante pharmacologique. C’est le cas, en particulier, du « Groupe de Développement MéthodologiqueS en Tomographie par Emission de Positons », dirigé par Louisa Barré.
Celui-ci développe des radio-traceurs nouvelle génération, intégrant des radioéléments de courte durée.« Ils pourraient permettre de visualiser le plus tôt possible les plaques amyloïdes en cause dans la maladie d’Alzheimer », souligne la scientifique.
Dans le prolongement de ces travaux, des équipes de recherche pré-clinique et clinique prennent le relais. Elles se chargent de valider l’efficacité et l’innocuité des nouvelles molécules. Comme l’unité de recherche clinique du Centre de Lutte Contre le Cancer François Baclesse (CFB). Dans le cadre de ses activités de promotion, c’est-à-dire des essais cliniques menés à l’initiative des médecins, l’unité entretient d’ailleurs des relations étroites avec les laboratoires de chimie et de biologie régionaux, comme le GRECAN (UCBN).
Formation et interactions
« Depuis deux à trois ans, nous évoluons vers une recherche « de transfert », qui assure la continuité entre connaissances et applications diagnostiques et thérapeutiques, souligne le professeur Florence Joly, responsable de l’unité. Des protocoles de traitement innovants sont ainsi mis en place ». De la découverte de nouvelles molécules à leur évaluation sur l’homme, la région dispose ainsi « d’un véritable continuum au niveau de la recherche », confirme Philippe Hugo.
Autre atout de Basse-Normandie dans ce secteur : l’offre de formation. L’UFR des Sciences Pharmaceutiques
de l’Université de Caen Basse-Normandie propose différentes filières : officinale, internat (pour lequel l’UFR a obtenu le meilleur taux d’admission en 2006), industrielle et recherche. Parallèlement, le département de formation continue et professionnelle offre différents cursus. Et depuis plus d’un an, l’IUT s’est rapproché des industriels de la région, afin de mieux prendre en compte leurs besoins dans l’offre de formation. Un enjeu de taille : selon le LEEM, syndicat des entreprises du médicament, les départs naturels des salariés de la génération « baby boom » entre 2005 et 2012 représentent 42 % de l’effectif du secteur pharmaceutique… « Nous manquons d’opérateurs et de techniciens pointus, témoigne Jean-Jacques Dronne, directeur général délégué des Laboratoires Gilbert. Ce sont des postes qui restent vacants ou pour lesquels nous devons former en interne. Au final, cela peut s’avérer pénalisant pour l’entreprise ». L’initiative de l’IUT portera ses fruits dès la rentrée 2009, avec l’ouverture d’une licence professionnelle Industries Chimiques et Pharmaceutiques : Procédés et Technologies Pharmaceutiques. « Elle va créer le vivier dont nous avons besoin dans les années à venir, se réjouit Jean-Jacques Dronne. Une bonne façon de démarrer des relations soutenues ! ».
Le rapprochement des acteurs de la filière pharmaceutique est justement l’une des préconisations du rapport du CESR. Car si la Basse-Normandie « a révélé de forts potentiels en termes de production industrielle, de recherche publique, d’innovations et de formation », reste que les acteurs de la filière n’entretiennent encore que peu de relations entre eux.
Renforcer les collaborations intra et inter-régionales
« Au niveau de la recherche, le maillon manquant reste, pour moi, celui d’une connexion entre les start-up qui peuvent avoir des molécules prêtes à être testées et les unités de recherche clinique comme la nôtre, témoigne par exemple le Pr Florence Joly. De ce point de vue, il y a un vrai travail à mener en cancérologie ». Il faut « créer un effet réseau », plaide Philippe Hugo. C’est dans cette optique que la Mission Régionale pour l’Innovation et l’Action de Développement Economique (MIRIADE) s’apprête à mettre en place une passerelle R&D sur le biomédical. Objectif : « mettre en relation les entreprises et les entités de recherche, rappelle Farhana Oueslati, chargée de mission Valorisation de la recherche à la MIRIADE. L’étude du CESR a permis de faire remonter les besoins des entreprises et des laboratoires dans ce domaine ». La rencontre, organisée en collaboration avec l’UCBN, devrait se tenir le 26 octobre prochain.
Un renforcement de l’interregionalité apparaît également de plus en plus probable, du fait de la proximité du cluster pharmaceutique qui se constitue entre la Haute-Normandie et le Centre (3). « D’autant qu’il existe déjà, au niveau de la recherche, de forts partenariats », souligne Philippe Hugo. Dans le cadre de l’appel d’offre Cengeps (Centre national de gestion des essais de produits de santé) 2008, le service de phase précoce de l’unité de recherche clinique du Centre François Baclesse est ainsi devenu tête de réseau de l’inter-région nord-ouest (Nord-Pas-de-Calais, Somme, Haute et Basse-Normandie) sur le développement des études de phases précoces. De même, le réseau du Centre de Recherche Universitaire Normand de Chimie (CRUNCH ORGA) fédère déjà plusieurs équipes de recherche normandes (Universités de Caen Basse-Normandie, Rouen, Le Havre, ENSICAEN, INSA, CRNRS)… Des coopérations qui, chaque fois, permettent aux acteurs bas-normands de valoriser leur savoir-faire à l’extérieur de la Région.
1) Rapporteur : Robert Le Moan ; l’avis a été adopté à l’unanimité lors de l’assemblée
plénière du 22 octobre 2007.
(2) Au total, la filière pharmaceutique représente plus de 10 000 emplois. Pour plus de détails, reportez-vous au rapport complet du CESR.
(3) Les régions Haute-Normandie et Centre viennent d’annoncer leur soutien, en juin dernier, au cluster pharmaceutique « Pharma Valley ».
> Philippe Hugo,
chargé de mission au CESR
Tél 02 31 06 96 10
Site : CESR
> Pr Florence Joly,
Responsable de l’unité de recherche clinique Centre de Lutte contre le Cancer François Baclesse
Tél : 02 31 45 53 93
Site : Baclesse
> Farhana Oueslati,
chargée de mission Veille – MIRIADE
Tél : 02 31 53 34 52
Site : Miriade




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