L’ERPCB, une équipe leader de l’EFFORTS européen
18 04 2009
Embarquée dans l’aventure EFFORTS, programme européen pour un développement durable des infrastructures portuaires, l’ERPCB termine ses travaux pour le volet « qualité des eaux dans les ports » du projet. Les derniers essais en laboratoire sont en cours et un traitement à base de substances actives sera testé à bord d’un bateau en juin prochain.
Toutes les conclusions doivent être communiquées avant le 31 octobre 2009, date de finalisation du programme EFFORTS (Effective Operations in Ports).
Coordonné par la commission européenne, ce projet du 7ème programme cadre de recherche et développement (PCRD) a ouvert en 2006. Première étape : identifier les problématiques environnementales auxquelles sont confrontées les infrastructures portuaires, alors même que le trafic maritime continue d’augmenter.
Professeur Daniel Barillier, directeur de l’équipe de recherche en physico-chimie et biotechnologies (ERPCB) de l’université de Caen, investie dans le volet scientifique « qualité de l’eau dans les ports »* d’EFFORTS : « Le bilan auprès des grands ports européens a permis de distinguer deux thématiques importantes. Le traitement des eaux de ballast d’une part; l’incidence des protections cathodiques, c’est-à-dire de l’altération des anodes sacrificielles posées sur les ouvrages métalliques immergés dans l’eau de mer pour les protéger de la corrosion, d’autre part ».
Deux domaines explorés déjà par l’équipe pluridisciplinaire ERPCB en partenariat avec Corrodys, centre de corrosion marine et biologique installé à Cherbourg.
Première mission pour les scientifiques bas-normands : évaluer le niveau de concentration, la distribution, la spéciation des contaminants métalliques (aluminium) dans l’eau, dans les sédiments et dans les organismes vivants, et étudier leur impact écotoxicologique.
« Les processus de dissolution des anodes sacrificielles conduisent à la solubilisation progressive d’ions métalliques et de composés organométalliques qui sont préjudiciables à l’environnement. Mais l’impact et le risque sanitaire étaient mal connus, » explique Daniel Barillier.
Après deux ans de recherche, l’ERPCB ne constate aucun effet toxique à la dissolution d’anodes en aluminium: « Les taux ne paraissent pas anormaux au niveau des organismes biologiques. Mais, peut-être y a-t-il une mobilisation de l’aluminium dans les sédiments. »
Innover pour préserver les eaux portuaires
Seconde mission confiée à l’ERPCB, en partenariat avec des équipes finlandaises et l’IFREMER (EFFORTS mobilise 37 experts dans 13 pays européens) : le traitement des eaux de ballast. Ces eaux, pompées pour gérer la stabilité d’un navire délesté de ses marchandises sont rejetées dans d’autres mers, dans d’autres océans… avec les espèces potentiellement invasives qu’elles contiennent.
C’est le cas de la moule zébrée, d’origine russe, aujourd’hui présente dans les eaux douces d’Europe et d’Amérique du Nord. Mais aussi d’algues toxiques (Pseudonistzchia a contaminé les coquilles Saint-Jacques en rade de Brest et baie de Quiberon) ou de micro-organismes, comme le vibrion cholérique, des coliformes et entérocoques marqueurs de contamination fécales.
Stéphanie La Carbona, post-doctorante, et David Corroler, maître de conférences : « Maintenant, la réglementation impose aux navires de traiter leurs eaux de ballast avant de les rejeter, pour éviter ces invasions par des espèces nuisibles. » Traitements chimiques, par UV, par rayonnements ionisants… Et depuis deux ans, l’ERPCB explore l’usage de substances actives (biocides), tout en tenant compte de leur toxicité, mais aussi de la faisabilité du procédé et, bien sûr, de son impact environnemental.
« Nous avons récupéré des isolats sauvages, bactéries et planctons, à partir d’eaux prélevées à bord de sept porte-conteneurs et vraquiers en escale au Havre, à la Rochelle et à Rochefort afin de les soumettre à des tests d’activité biocide. Notre critère de suivi a été la « LC 90 », c’est-à-dire une concentration en biocide permettant 90% de mortalité en 24 heures. » Parmi trois substances actives testées, Mexel® (mélange d’alkylamines) a finalement été retenu.
Des tests en laboratoire ont précédé un travail à plus grande échelle, des analyses en « ballastodrome » (instrument développé par l’IFREMER) et des essais grandeur nature dans des bateaux en escale au Havre. « Le grand port maritime du Havre et des compagnies maritimes nous permettent de faire des essais à bord, durant trois à quatre jours. Une personne de l’université de Caen doit embarquer en compagnie de Daniel Masson, le « père » du ballastrodrome, expert mondial des eaux de ballasts. » L’embarquement est prévu pour fin mai – début juin.
* Pour sa participation à EFFORTS, l’ERPCB se voit attribuer 236 000 euros. Le volet « ports et environnement », placé sous la responsabilité du grand port maritime du Havre, bénéficie de 2 millions d’euros. EFFORTS (« navigation dans les ports » et « organisation des ports » sont les deux autres volets) représente un budget de plus de 16 millions d’euros.
Géraldine Lebourgeois




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