Innover c’est bien. Se développer c’est mieux. Pour passer d’une marche à l’autre, les PME innovantes ont besoin de moyens financiers. L’amorçage est une phase non dénuée de difficultés, mais entre les réseaux de business angels, et les fonds d’investissements régionaux en passant par les dispositifs d’OSEO et de la Région Basse-Normandie, des solutions existent.
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Innover est une aventure qui, durant les premières années, coûte plus qu’elle ne rapporte. Un dilemme dont bien des entrepreneurs se sortent plutôt bien. Au démarrage, fonds personnels, avances remboursables, prêts d’honneur ou auto-financement sont les recours principaux pour subvenir aux coûts de la R&D et de la recherche des premiers marchés.
« A la création de l’entreprise en 2008, nous n’avions pas d’argent, mais nous avions des moyens, notre produit », explique Frederick Bilhaut, directeur de Noopsis, entreprise actuellement hébergée dans la pépinière Plug N’ Work située à Colombelles. Cette dernière développe des logiciels capables de fouiller dans les textes pour en ressortir les informations recherchées par le commanditaire. En sortant de l’incubateur, le projet n’est pas encore totalement abouti, mais peut d’ores et déjà répondre à un marché. « Nous avons ainsi généré nos premiers fonds propres. Ces derniers nous ont permis de faire appel, en deux fois, à l’aide d’OSEO pour l’innovation, sous formes d’avance remboursable. » Olivier Marre, directeur de Quadraxis, installée à Cherbourg, développe des logiciels pour imprimer sur des objets thermoformés. Au démarrage, en 2003, il a investi des fonds personnels et bénéficié d’une avance remboursable de près de 540 000 euros, sur quatre ans, par le biais d’OSEO. Six ans après sa création, il vend ses premiers produits.
Durant leurs premières années, les sociétés innovantes acquièrent ainsi une valeur qui leur permettra par la suite de faire appel à des capitaux privés (business angels et fonds d’investissement). « Cette première phase de valorisation de l’entreprise est importante car en découlera la somme investie par les business angels ou les fonds d’investissement, ces derniers prenant en général une part du capital minoritaire », explique Nicolas Pouchain, directeur adjoint du Centre Européen d’Entreprise et d’Innovation chez Synergia. La phase d’amorçage qui suit la création, nécessite généralement l’intervention d’investisseurs privés et correspond à la mise en place d’une stratégie commerciale.
Des business angels investis sur le territoire
Après avoir développé un concept de protection thoracique pour les sports extrêmes dans son garage, David Schuller, de RXR PROTECT, basé à Caen, voulait finir de développer son produit et investir dans la partie commerciale. Il fait appel au réseau d’investisseurs privés normands, Norm’angels, dont quelques membres ont co-investis avec NCI pour apporter au total 170 000 euros en contrepartie d’une arrivée minoritaire au capital. Avec cette somme, il embauche un commercial et développe une véritable stratégie de vente. OSEO lui apporte, en parallèle, une subvention de 16 000 euros pour parfaire son innovation ainsi qu’un prêt de 50 000 euros avec un différé de remboursement de 12 mois. Une aide qui devrait lui permettre de renforcer ses fonds propres et de réaliser une seconde levée de fonds plus importante d’ici trois ans. Les business angels interviennent généralement à plusieurs, dans des entreprises en phase d’amorçage ou ayant besoin de faire croître leur capital pour se renforcer.
BOUTDESHOES, entreprise de vente en ligne de chaussures et éléments chaussant multimarques pour bébés, a fait appel aux business angels, après s’être auto-financée pendant quatre ans. « Nous étions sur le point de vendre ou de déposer le bilan car nous ne pouvions plus avancer tout seuls et, au vu du caractère innovant de notre activité, les banques ne voulaient pas nous suivre », explique Laure Andriamampianina. Norm’angels finance 180 000 euros, sous condition de l’obtention d’un prêt bancaire que Laure Andriamampianina parviendra à obtenir non sans difficultés. « Nous investissons sur des tickets qui vont de 50 000 à 150 000 euros sur des sociétés dont la valeur est comprise entre 100 000 et un million d’euro. Au bout de cinq à six ans, nous nous retirons du capital », poursuit Gilles Rigon, président de Norm’angels. Ce qui les motive ? « Il y a une réelle volonté de voir émerger de jeunes créateurs et d’aider le territoire à se développer. Nous investissons souvent sur des créneaux où peu d’investisseurs veulent prendre des risques. »
Création d’un fonds d’investissement interrégional
Certaines entreprises ont néanmoins des besoins bien supérieurs au ticket moyen investi par les business angels, qu’elles soient en phase d’amorçage ou de développement. Les fonds d’investissement interviennent donc avec des montants allant de 300 000 à 2 millions d’euros sur des périodes de cinq à neuf ans. NOOPSIS s’est ainsi vu attribuer 300 000 euros par la société NCI(1), pour développer une véritable stratégie commerciale. En contrepartie Frederick Bilhaut doit consulter NCI pour certaines décisions (investissements importants, augmentation des salaires, certains recrutements…). « Les échanges se déroulent plutôt bien, je les consulte donc même lorsque je dois faire des partenariats technologiques importants ou recruter des consultants. » En Basse-Normandie, deux sociétés de gestion de fonds interviennent : NCI et GO CAPITAL.
Cette dernière a la particularité de gérer un fonds dédié aux sociétés innovantes en postcréation et pré-amorçage commercial. « Nous investissons dans des sociétés où les équipes doivent être capables de s’adapter, car les projets innovants se réalisent assez rarement comme prévu. Le potentiel de l’entreprise, compte tenu de la taille du marché visé et adressable, et de ses avantages concurrentiels (Propriété Intellectuelle, Savoir-Faire, Marketing de l’Offre, …) doit également être en adéquation avec les fonds demandés et la perception par le client de la valeur d’usage de l’offre », explique Eric Cozanet, président de GO CAPITAL. Un audit est d’ailleurs réalisé avant l’investissement pour confirmer l’avantage concurrentiel de l’innovation. La perspective de marge du chiffre d’affaires est une donnée très importante qui constitue néanmoins une véritable barrière pour nombre d’entreprises innovantes. « Je cherchais 500 000 euros pour développer l’entreprise, mais mon chiffre d’affaires n’était pas suffisant pour les fonds d’investissement », explique Olivier Marre. Une problématique que rencontrent de nombreuses entreprises. « Beaucoup de projets qui sortent de Normandie Incubation sont toujours là trois à cinq ans plus tard, sans avoir réussi à grossir », constate Jacques Le Vagueresse, directeur de l’innovation, de la recherche, de l’économie et du tourisme à la Région. C’est donc pour y remédier que la Région a lancé la création d’un fonds d’amorçage interrégional (lire encadré). « Nous voulons développer des projets qui pourront prendre le relais sur des secteurs industriels qui s’essoufflent aujourd’hui et nous avons choisi pour cela de nous associer aux Régions de l’Ouest car nous travaillons déjà avec elles sur différents pôles de compétitivité. » La Région prévoit également de mettre en place un fonds souverain bas-normand, d’ici 2013. L’objectif, cette fois, serait d’investir dans des PME à moindre rentabilité. « C’est aussi notre rôle d’acteur public d’aider les entreprises qui rencontrent des difficultés. »
(1) société de capital risque régionale implantée à Rouen.
CONTACT
Nicolas Pouchain
Directeur adjoint du CEEI
Synergia
02 31 46 73 72
Jacques Le Vagueresse
Directeur de l’innovation, de la recherche, de l’économie et du tourisme
Région Basse-Normandie
02 31 06 97 97
Eric Cozanet
Président de Go-capital
02 99 35 04 00
Gilles Rigon
Président de Norm’angels
06 15 47 50 75
Frederick Bilhaut
NOOPSIS
02 50 01 15 00
Laure Andriamampianina
BOUTDESHOES
06 42 44 81 39
Olivier Marre
QUADRAXIS
02 33 21 36 32
David Schuller
RXR PROTECT
06 73 18 90 07
Ce message est également disponible en : Anglais
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