Sa création était très attendue. Né en septembre dernier, le nouveau pôle normand des « sciences nucléaires et de leurs applications » ambitionne de faire de la région un leader européen du secteur.
Développer le territoire | Mettre en œuvre des projets applicatifs | Apprendre les uns des autres
|Un bouillon de cultures pour des idées nouvelles | Un contact plus étroit avec les industriels | Un potentiel unique en France
Développer le territoire Le développement de notre entreprise est lié au développement du territoire lui-même. Ce principe, qui est d’ailleurs un des axes de la politique de développement durable d’EDF, est la raison principale de notre engagement pour la création de NUCLEOPOLIS et de notre adhésion à ce pôle. Pour cela, le dialogue avec toutes les parties prenantes du territoire, dont les acteurs économiques est indispensable. Surtout dans une région où nous implantons l’EPR, qui est une vitrine de notre savoir-faire… NUCLEOPOLIS va fédérer l’ensemble des acteurs de ce pôle, les petits comme les grands, pour porter en particulier à l’international des compétences présentes individuellement au niveau de chaque entreprise, pour développer, par des formations adaptées, les compétences nécessaires demain et renforcer la cohérence territoriale. Pour EDF, il est important de valoriser ces PME au savoir-faire varié, car nous avons besoin d’elles pour notre développement, tout comme elles ont besoin de grandes entreprises pour favoriser leur croissance. »
Eric Neyme / Délégué Régional EDF
Tél : 02 31 46 97 60
Mettre en œuvre des projets applicatifs
« Le GANIL a, depuis l’origine de la réflexion, œuvré pour la création d’un tel pôle. Très impliqué dans les réunions de préparation et de définition des axes stratégiques, j’ai toujours milité pour ce type de continuum de la recherche et de l’industrie. Ce n’est pas un hasard si le CEA et le CNRS sont membres de ce pôle. La réunion de ces forces académiques et de recherche va nous permettre d’être mieux identifiés au niveau national. J’attends de NUCLEOPOLIS qu’il fortifie le pôle santé, qu’il lance des projets transverses et qu’il favorise l’émergence d’un Master international dans le domaine de l’énergie nucléaire. Au-delà de son programme de recherche fondamentale, GANIL pourra mettre en œuvre des projets applicatifs. Nous avons des compétences fortes qui peuvent être utiles à l’ensemble des acteurs de ce pôle. »
Sydney GALES – Directeur du GANIL
Tél : 02 31 45 45 61
Apprendre les uns des autres
« A Beaumont-Hague, Hag’tech, 27 personnes, est spécialisée dans la mécanique de grande dimension, la chaudronnerie et la mécano-soudure. Nous réalisons une part importante du chiffre d’affaires dans le nucléaire. Pour les PME, NUCLEOPOLIS sera un lieu d’échanges avec les grands donneurs d’ordres, dans un environnement différent de la relation commerciale. Ce sera aussi l’occasion de rencontrer des entités que nous connaissons moins. Nous avons tous à apprendre les uns des autres, il en sortira des idées intéressantes. Le pôle va aussi nous offrir la possibilité de mieux faire connaître, ensemble, la Basse-Normandie et d’accéder à des marchés qui nous échappent aujourd’hui. De la même manière que l’on associe Sillicon Valley et informatique, il faut que, où que l’on soit, lorsqu’on prononce le mot « nucléaire », on pense immédiatement à la Basse-Normandie. Il faut porter haut cette bannière, car nous en avons les moyens ».
Gilles Lecomte – Président d’Hag’Tech
Tél : 02 33 52 62 32
Un bouillon de cultures pour des idées nouvelles Un bouillon de cultures pour des idées nouvelles « Ce pôle est un lieu de rencontre entre les trois mondes que sont la recherche, l’industrie et la formation. Il va nous aider à mieux définir les besoins des entreprises, avec qui nous pourrons discuter plus facilement. En renforçant les formations proposées, c’est toute la filière qui sera plus forte. Il est aussi un facilitateur : il va rassembler toutes les forces présentes pour les faire travailler ensemble. De ce bouillon des cultures naîtront des idées nouvelles, des projets neufs. Enfin, il sera aussi notre vitrine vis-à-vis des industriels et des pouvoirs publics. Il nous permettra de mettre en avant, à l’extérieur, les projets que nous développons. La venue à Caen, en décembre, du Haut Commissaire à l’énergie atomique, Catherine Cesarsky, à l’invitation de NUCLEOPOLIS est un exemple de ce que le pôle peut faire pour promouvoir la filière nucléaire bas-normande ».
Dominique Goutte – Directeur de l’ENSICAEN
Tél : 02 31 45 27 91
Un contact plus étroit avec les industriels « Avec NUCLEOPOLIS, nous attendons plus de visibilité, un contact plus étroit avec le milieu industriel. Le CIMAP travaille entre autre sur les matériaux pour le nucléaire depuis de nombreuses années. Nous collaborons déjà avec les grands donneurs d’ordre, qui nous soumettent des problèmes industriels, que nous abordons par la recherche fondamentale. Grâce au pôle, à son réseau, nous nous rapprocherons aussi des PME. Notre approche est de comprendre les phénomènes en jeu dans la réaction des matériaux aux irradiations, afin de proposer des pistes de développement, des choix de matériaux plus sûrs, comme les céramiques sur lesquelles nous travaillons et qui pourraient être utilisées pour la construction des réacteurs de 4e génération. Il faut rassembler le plus d’acteurs possible derrière ces thématiques d’avenir, nous focaliser sur ces domaines d’excellence ».
Serge Bouffard directeur du CIMAP
(laboratoire commun CEA/CNRS/ENSICAEN/
Université de Caen Basse-Normandie)
Tél : 02 31 45 46 13
Un potentiel unique en France Daniel Guerreau l’affirmait déjà en 2009 (lire Connexions n°35) : « la Basse-Normandie dispose d’un potentiel extraordinaire dans le domaine du nucléaire ». Deux études successives, l’une du CESER de Basse-Normandie (Conseil Economique, Social et Environnemental Régional), l’autre de la DRIRE (aujourd’hui DIRRECTE), appuyaient ces propos. Elles ont montré que la filière était composée d’une branche économique forte, avec la présence sur le territoire de grands donneurs d’ordre comme EDF, AREVA, DCNS et de PME aux savoir-faire spécifiques, employant au total 10 000 salariés directs. Côté formation et recherche, la région montre aussi un potentiel important, avec 800 chercheurs dans ce domaine et 150 doctorants. Sans compter des centres de recherche uniques en leur genre comme le GANIL, des laboratoires reconnus (CYCERON, CIMAP) et des outils remarquables tels que le TEP-scanner commun au CHU et au Centre de lutte François Baclesse reste parmi les plus performants. Enfin, la région accueille également des projets d’ampleur nationale voire internationale, comme l’EPR de Flamanville, ARCHADE ou encore Spiral 2. Entreprises, recherche, formation : le triangle d’or d’un pôle d’excellence tel que NUCLEOPOLIS.
Tout y était. De grands donneurs d’ordre et un riche tissu de PME au savoir-faire affirmé. Des formations pointues, et reconnues. Des laboratoires de recherche uniques, des projets d’ampleur nationale… Mais, malgré ce potentiel, unique en France, il manquait encore aux acteurs de la filière nucléaire régionale un chef d’orchestre, capable de les rassembler, de les représenter. Le pôle normand des sciences nucléaires et de leurs applications a enfin vu le jour, le 17 septembre dernier, date de l’assemblée générale constitutive de l’association. Il dévoilait, en même temps, son nom : NUCLEOPOLIS. Il ambitionne désormais de renforcer et de valoriser l’écosystème régional aussi bien dans le secteur de l’énergie que celui de la santé, pour accroître l’attractivité de la Basse-Normandie.
Fédérer, accompagner, valoriser
Mission n°1 : fédérer ses acteurs et favoriser les interactions au sein du triptyque Entreprises-Formation-Recherche présent sur le territoire. Car « pas de bonnes entreprises sans formation, ni de recherche ou d’innovation sans entreprise, et vice-versa », assure Daniel Guerreau. L’ancien directeur du GANIL et de l’ENSICAEN a été élu Président de NUCLEOPOLIS après avoir assuré la coordination du projet de création pendant plus d’un an. « Le premier objectif du pôle est de renforcer les relations entre ses différentes composantes, de créer une osmose entre ses partenaires, une interaction intelligente ». NUCLEOPOLIS compte déjà 45 membres (voir la carte), mais ses portes restent grandes ouvertes à de nouveaux adhérents. Certains se profilent déjà : le Belge IBA, leader mondial des cyclotrons à usage médical, qui ouvre à Caen une nouvelle filiale dans le cadre du projet ARCHADE (1), ou Cyclopharma, qui vient d’ouvrir une unité de production de radiotraceurs.
Plus lisibles, les compétences bas-normandes seront aussi plus visibles, sur le plan national comme international. Un atout sur une scène mondiale, où d’importants marchés émergent, comme celui du démantèlement d’installations nucléaires – conséquence d’un parc mondial vieillissant – ou celui de nouveaux équipements pour la médecine nucléaire. « Compte tenu de leur savoir-faire, les entreprises bas-normandes ont toutes leurs chances », estime Daniel Guerreau. NUCLEOPOLIS les appuiera, mettra en place les actions nécessaires pour renforcer leur compétitivité et les promouvoir. Des journées, comme celle organisée en juin dernier à Londres par Ubifrance, avec la complicité des porteurs du projet NUCLEOPOLIS et de la CRCI de Basse-Normandie, entre sous-traitants français et donneurs d’ordre anglais, et à laquelle des PME bas-normandes ont pu participer, seront renouvelées. « En Italie, en Suède ou en Finlande », projette déjà Stéphane Bresson, directeur du pôle. Des pays aujourd’hui à la recherche de compétences qu’ils n’ont plus – pour avoir abandonné le nucléaire depuis de longues années – et qui relancent aujourd’hui de nouveaux programmes. « La région aura aussi d’ailleurs une carte à jouer en matière de formation, car les besoins sont importants », prévient-il.
Renforcer la formation, initier les projets, susciter la réflexion
La formation constitue effectivement un autre axe structurant du pôle. « L’offre industrielle doit s’accompagner d’une offre de formation adéquate », insiste Dominique Goutte, directeur de l’ENSICAEN. NUCLEOPOLIS fonde son développement dans ce domaine sur la consolidation des formations initiales de haut niveau et un élargissement de l’offre. Le contexte est extrêmement favorable, car des formations spécifiquement dédiées au nucléaire sont déjà en place pour répondre aux besoins des entreprises. L’Université de Caen Basse-Normandie (UCBN) propose par exemple une licence professionnelle Maintenance en milieu nucléaire au sein de l’UFR Sciences. Dispensée à Cherbourg, elle forme des cadres capables d’organiser, concevoir et conduire de telles opérations. L’ESIX (Ecole Supérieure d’Ingénieurs de l’UCBN) projette quant à elle la mise en place d’une formation « Opérations nucléaires ». De son côté, l’ENSICAEN propose depuis quelques années une majeure Génie Nucléaire dans sa spécialité Electronique et Physique Appliquée. Elle proposera rapidement au Pôle la création d’un nouveau Master International dans le domaine de l’énergie nucléaire (avec l’UCBN), intégrant le volet santé, qui pourrait ouvrir dès la rentrée 2011. « Il aura une coloration originale par rapport aux diplômes de Grenoble ou Paris et il couvrira les champs disciplinaires du pôle et les domaines industriels correspondants », souligne le directeur de l’école d’ingénieurs. Il est aussi question de renforcer la formation continue en développant des plateformes technologiques sur le territoire, à l’image des projets de l’Institut National des Sciences et Techniques Nucléaires (INSTN) de Cherbourg ou de l’ENSICAEN. L’école projette de rassembler, au sein d’une halle technologique, un ensemble d’appareils afin de dispenser des formations à la demande à destination des professionnels.
Des besoins sont déjà identifiés, par exemple, dans le domaine de la médecine nucléaire, fortement présente en région avec le CHU, le Centre de Lutte contre le cancer François Baclesse ou encore la plateforme d’imageries biomédicales CYCERON. L’INSTN, lui, souhaite mettre en place à Cherbourg une installation permettant d’assurer des formations autour des télémanipulations.
Naturellement, le pôle normand aspire aussi à devenir un lieu de convergence des projets de recherche et développement dans le domaine du nucléaire. Fonctionnant à la manière d’un pôle de compétitivité, NUCLEOPOLIS « accompagnera les projets, à terme en les labellisant, pour favoriser l’obtention de financements », précise son président. Quatre d’entre eux peuvent déjà prétendre au programme « Investissements d’avenir Equipements d’excellence » (EQUIPEX) mis en place par le Ministère de l’Enseignement et de la Recherche à partir de 2011. C’est le cas, dans le domaine de la santé, du futur Centre Européen de Recherche en Hadronthérapie ARCHADE, dont les porteurs – l’association éponyme et la société d’économie mixte SAPHYN – ont déjà intégré NUCLEOPOLIS. Dans le domaine de la physique nucléaire fondamentale, SPIRAL 2 pourrait également en bénéficier, au travers des projets S3 (Super Séparateur Spectromètre) et DESIR (Désintégration, excitation et stockage d’ions radioactifs), destinés à permettre la pleine exploitation du nouvel accélérateur. Dernier exemple avec GENESIS (Groupe d’Etudes et de Nanoanalyses des EffetS d’IrradiationS), qui vise à créer l’un des plus importants laboratoires de France en matière de caractérisation des matériaux sous irradiation.. Son dossier a lui aussi été déposé avec le soutien du pôle, « ce qui montre que ce projet s’inscrit dans une dynamique, qui s’insère parfaitement dans un contexte régional où le nucléaire est important », souligne Serge Bouffard, directeur du Centre de Recherche sur les Ions, les Matériaux et la Photonique (laboratoire commun CEA/CNRS/ENSICAEN/Université de Caen Basse-Normandie), partie prenante du projet.
Lieu de réflexion
Au-delà, NUCLEOPOLIS se veut aussi un lieu de réflexion sur des sujets stratégiques tels que le nucléaire appliqué à la santé, aux matériaux mais aussi à la maîtrise des risques environnementaux. « Notre volonté est d’être transparent sur les thèmes du nucléaire, souligne Daniel Guerreau. Nous voulons susciter des réflexions, des évolutions ». Elles permettront au pôle de proposer une vision stratégique dans le domaine, et d’anticiper ses évolutions. Le pôle développera pour cela des collaborations avec la Maison de Recherche en Sciences Humaines (MRSH) de l’Université de Caen Basse-Normandie.![]()
S’il effectue pour l’instant ses premiers pas, le pôle normand des sciences nucléaires et de ses applications songe aussi à sa croissance. Il pourrait établir des coopérations avec des pôles de compétitivité comme Atlanpôle Biothérapie dans le domaine de la santé, à Nantes, TRIMATEC, dans le domaine des technologies, dans le sud est, ou, particulièrement, avec le Pôle Nucléaire Bourgogne, qui a d’ores et déjà témoigné de son intérêt à NUCLEOPOLIS. Soutenu dans son action par l’Etat, la Région, les Conseils généraux de la Manche et du Calvados, Caen la mer et la Communauté Urbaine de Cherbourg, réunis au sein d’un collège de financeurs, Nucléopolis doit encore consolider son budget. Il vient en particulier de répondre à l’appel à projet lancé par la DATAR (Délégation interministérielle à l’Aménagement du Territoire et à l’Attractivité Régionale) sur la Dynamique des Grappes d’Entreprises. La réponse est, là aussi, attendue début 2011.
(1) IBA vient de signer, le 2 septembre dernier, un partenariat avec SAPHYN. Cette société d’économie mixte, dont la Région Basse-Normandie est actionnaire majoritaire, pilote ce projet de création à Caen du premier centre européen de recherche en Hadronthérapie ARCHADE. Elle est également membre de NUCLEOPOLIS.
Daniel Guerreau
Président de NUCLEOPOLIS
Tél : 02 31 45 25 14
Stéphane Bresson
Directeur de NUCLEOPOLIS
Tél : 02 31 45 25 14
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